La Cène de  Léonard de Vinci par Nicolas Poussin



«La peinture n'est autre qu'une idée des choses incorporelles»
Nicolas Poussin

 

 

La Cène de Léonard de Vinci

 

 

La scène a visiblement changée, la maison renaissance a cédé sa place à un décor baroque, un palais avec de nombreux piliers alignés menant à une ouverture sans porte qui laisse entrevoir un paysage montagneux et aquatique assez obscure.
Si chez Vinci, les trois fenêtres représentaient la Trinité, ici elle a été réduite à UN.

Le niveau de la table est monté. Une Jarre et un pichet sont sur le sol devant elle. Sur la nappe il y a moins d´éléments , mais plus repartis, plus ordonnés. Trois assiettes manquent et il n´y a que deux verres pour 13 personnes. Deux bougeoirs, dont les cierges seraient déjà consommés et éteints. Un nombre de pains est plus réduit sur cette table aux plats encore vides. Les aliments se trouvent devant Jésus, placés en rond autour d´un centre rouge. Une présentation  religieusement, très planétaire ! Tout tourne autour d´un personnage, mais sans lui….l´Axe.

Que deux coupes de vin…

Gardant les gestes et poses des personnages de Léonard de Vinci, Poussin utilise moins de couleurs. Au bout de la table, à  gauche des vêtements en bleu, à droite le rouge l´emporte.

Mais l´ambiance est différente chez Vinci, malgré le détériore du fresque,  l´action converge vers le centre, Jésus- Christ, tandis qu´ ici les deux extrêmes opposés se regardent. Il n´y a que deux clans qui boivent à deux sources, deux coupes de vin différentes, procédant d´une même jarre ? Jésus semble impuissant devant les trois uniques personnages qui se tournent vers lui avec des gestes de mécontentement.

Remarquez que tous les personnages portent des sandales, sauf un ! qui chausse des souliers ! le chauve en tunique blanche et cape rouge, très papale… mais sans les sandales de Pierre.

Les couleurs des accompagnateurs des personnages placés aux deux extrêmes sont inversées.
Ainsi  à côté de celui qui se tient debout, tout de bleu vêtu, suit un barbu capé d´ écarlate et tunique marine, puis un homme d´ocre vêtu et drapé de céleste. Leurs opposés se retrouvent entourant le personnage chaussé. Des ambassadeurs.


Judas d´un bleu plus  délavé presque gris tient sa bourse et tend sa main vers le verre de vin rosé, sa cape est vermeille .
Pierre aussi farouche que chez Léonard est vêtu d´un bleu verdâtre comme  le drapé de Jean-Madeleine.

Jésus en tunique rouge drapé de bleu marque le centre, à sa gauche trois personnages en ocre et beige.

Comme nous avons déjà constaté, avec l´étude de ses mécènes et  l´ambiance socioculturelle, que le courant politico-religieux de l´époque se reflète  sur ses toiles de Poussin, surtout représenté par les couleurs, regardons cette Cène sous cet angle.

A droite nous aurions le Pape, face à celui-ci le roi de France, par ce bleu « bourbonique ». Près d´eux les ambassadeurs des pôles opposés. Tous se disputent à propos de Jésus, les uns comme héritiers de ses idées et principes,  les autres sur sa descendance sanguine : d´où la question Jean ou Marie Madeleine ?

Le blanc ne se retrouve que sur la chemise de Judas, qui ressemble à  Spada, ce cardinal qui passa l´enjeu au royaume des Autriche durant la visite de Velázquez, chevalier de Santiago. D´ailleurs spada  veut aussi bien dire épaule en italien,  qu´épée. Cet enjeu mis sur le trône du Vatican le successeur d´Innocent X, le future pape, Alexandre VII Ces deux-là firent des bulles anti- jansénistes.


Marie Madeleine, ressemble à une reine, ennemie, haïe, manipulée puis soumise à son destin,  au silence . En « sainte » Compagnie avec un traître et un tourmenté menaçant. Suivons la chaîne des mains elle arrive jusqu´au personnage à la cape rouge qui siée à côté de celui qui se tient debout , droit et étudie son oposé…qui étudie droit…un avocat ? Une chaîne de secrets, de confessions, la Sainte Compagnie, lors du  premier saint Sacrement de l´Eucharistie, celui qui s´instaura lors de la Dernière Cène.

 

Judas qui est le personnage plus retouché par Poussin par rapport à Vinci. Sa bource est ici visible, ce qui n´est pas le cas chez Léonard qui l´a  assit à droite du Seigneur. Mais est-ce une bourse ou une fronde ? Cette fronde qui envoya la reine en exil, tandis que Fouquet régnait à Paris. Fouquet, chargé des finances, comme le fut Judas, était aussi de la Compagnie.

Et puis il y a le groupe aux couleurs terreuses, plus naturelles, plus proches de la terre, des roseaux pensants comme dirait Pascal. La dispute entre gallicanisme, jansénisme et jésuitisme. Les débats suscités par l'interprétation de l’augustinisme ont largement contribué aux conceptions modernes de la liberté et de la nature humaine. Saint Augustin qui est si souvent représenté en cape dorée ou ocre. Le problème de la liberté personnelle ou de la prédestination de l´homme est source de dispute à cette époque. C´est un peu le problème de Gulliver et de la cassure de l´œuf.

Tous trois demandent à Jésus, mais il n´y a pas de réponse. Deux semblent plus féroces, l´autre ouvre son cœur.

 

 

 



L´Eucharistie de Poussin

Le calice qui est bien posé sur la table, semble
pourtant se tenir sous la main de Jésus.
Les ombres sont bizarres.
Les 12 sont présents.

Poussin copie Vinci, alors qu´il fit deux autres Cènes pour ses Sacrements, mais il plagia celle de Léonard tout en changeant l´essence de cette œuvre. Pourquoi ?

Vinci, est exemple par excellence de l´homme de la Renaissance, un humaniste. L´humanisme, est cette philosophie qui place l'être humain et les valeurs humaines au centre de la pensée, elle naquit à son époque en Europe et se prolongea jusqu´au XVIºs. L'humanisme se caractérise par un retour aux textes antiques, et par la modification des modèles de vie, d'écriture, et de pensée. Donc on peut conclure que Poussin fut un humaniste.

Au sens moderne, cette philosophie désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain et qui dénonce ce qui l'asservit ou le dégrade.

L'humanisme est en principe ouvert à tous, mais en réalité il est réservé à l'élite sociale du moment, le peuple n'en a pas vraiment conscience et reste encore imprégné des idées moyenâgeuses. Car même avec l'apparition de l'imprimerie, les livres restent encore très chers.

L´enseignement est donc important , celui-ci se trouve entre les mains des jésuites et des jansénistes, qui se le disputent. En fait c´est la guerre entre ses deux courants de pensée qui vont se détruire mutuellement.


Cliques sur les images

 




Récollection de la manne de Poussin

 Travail exécuté à Rome et commandé par Paul Fréart de Chantelou .

Le sujet biblique est tiré de l'Exode. Les Israélites reçoivent la manne céleste de Dieu qui les sauve de la famine.
Le miracle est ici interprété comme une préfiguration de l'Eucharistie, représentée sous la forme d'une pluie d'hosties.

Cet humanisme donnera naissance au Siècle des Lumières, qui tire son nom du mouvement intellectuel, culturel et scientifique connu sous le nom de Lumières.

 

Lumière qui brille par son absence sur cette Cène de Nicolas Poussin.

Ce Siècle Eclairé, qui correspond avec le Baroque du décor, dont la chronologie commence officiellement à la révolution anglaise de 1688 (168); comme la Renaissance débute, d´après les livres scolaires à la découverte des Amériques par Colon en 1492 !

On trouve dès les années 1670, la mention de « siècle éclairé » dans certains écrits historiques et/ou philosophiques relatant les expériences et les progrès scientifiques de cette époque.

On ne peut alors que se rappelait le procès de Galileo Galilei devant le tribunal ecclésiastique. L´église, elle aussi est augustine. Saint Augustin, de son temps, se moquait de la théorie des antipodes et expliquait qu'il vaut mieux faire confiance aux hommes de foi pour les questions de dogme et à Aristote, donc à son idée de Terre sphérique, pour les questions concernant la nature. Plus de mil ans plus tard on en était au même point ! malheur à qui contredira Aristote. L´Inquisition tombera sur lui, comme un hérétique.

Rome freine l´avancée de cette Lumière, ce savoir qui mène à la vérité.  [[



 

 

Sacrement Eucharistique de Poussin

 Ici Judas sort de la scène. Remarquez le manque de lumière.

Rien ne meurt, tout se transforme : Ainsi l´ humanisme, rendu possible grâce au  protectorat des mécènes, face à la censure de l´Eglise catholique, se transformera en faisceaux lumineux qui éclaireront la Révolution.

Lorsque les Médicis abandonnèrent Galilée à son sort, adouci il est vrai, par la surveillance amicale du pape Barberini, ils marquèrent la fin de l´esprit de la Renaissance, mais pas celle de l´humanisme qui persévéra bien que plus discret.

On peut se demander, chose qu´un janséniste affirmerait, si tout ceci ne fut pas orchestré à l´avance ? L´abandon de l´astronome italien fut-il voulu, désiré, nécessaire pour forcer  les esprits à se mouvoir, à avancer vers la vérité ?

L´Eglise se trompait, faisant ainsi de Galilée un martyr, sur un fait scientifique, donc démontrable que dire alors de son interprétation des Ecritures ? Rome n´est plus infaillible !



Jansénistes et jésuites tenaient l´enseignement, ils s´annulèrent les uns aux autres. Les gallicans contre les ultramontains, c´est à dire les Jésuites, les ligueurs et les dévots. Le gallicanisme se détacha de la papauté et adopta la Constitution civile du clergé. Ce qui fait des membres du clergé des fonctionnaires salariés par l'État sous réserve de prêter un serment de fidélité à la constitution républicaine. La Révolution mit fin au joug de d´Eglise. Peut-on s´étonner si quand l´état français refusa de payer son clergé un certain Bérenger Saunière se déclara ouvertement monarchiste ?

Donc les 3 personnages à gauche de Jésus, notre droite, vont recevoir l´illumination par approche du Christ et de son message originaire, mais aussi par la lumière qui ouvre les yeux, comme il est habituel chez Poussin, celle qui entrera par la porte ouverte, l´aube, puisque les cierges sont consommés.  Les Humanistes illuminés ce sont les Illuminati .
 
Ces humanistes, ces mécènes, et leurs artistes ce sont  les lutteurs de Dieu.

 

 

 

 


 
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