Les Madeleine de Molsheim

La Gardienne de la Porte


C´est en partant d´une étude plus approfondie de la chartreuse sise près du centre du Triangle d´Or, Rennes- Le-Château – Gisors – Stenay, et en suivant la piste (en ligne strictement droite !) des chartreuses depuis celle de Bellary, au départ du Triangle, en poursuivant par Lugny, en Côte d’or, où de nombreux prieurs de Bellary avait été profès avant d’arriver à Bellary, que l´internaute Al Sufi arrive à la chartreuse de Molsheim, en Alsace, où il rencontre deux Madeleine fort intrigantes, qu´il nous présente ainsi : 



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« La première est en fait un bas-relief qui surmonte l’ancienne maison du Prieur de la Chartreuse, situé dans la deuxième cour intérieure de la chartreuse depuis l’entrée (les portes d’entrée de la chartreuse ont disparu). Cette Madeleine dort ou médite, les yeux fermés, la main gauche appuyée sur un crâne et sa main droite soutenant sa tête, dans une grotte éclairée violemment à l’extérieur par 7 rayons sortant d’un triangle contenant l’œil de Dieu. Cette Madeleine, inscrite ainsi dans un endroit éminent de la Chartreuse (qui est dédiée comme la plupart des chartreuses à la Vierge Marie et non à Sainte Madeleine), présente en outre deux particularités curieuses :

Sur son front, on distingue une petite cavité régulière qui, certes, peut être due au départ d’un caillou enchâssé dans le grès choisi pour la sculpture, mais fait très fortement penser à très beau troisième œil ;rien d´étonnant puisque cette Sainte a une pose de Bouddha alangui.



Sur la paroi de la grotte se trouve un lézard, à l’ombre donc. Outre le fait que cette représentation iconographique est peu fréquente, il faut savoir qu’en allemand (la chartreuse à l’époque était en terre d’Empire, avant la conquête de l’Alsace par Louis XIV et les Alsaciens ne durent parler français qu’après la deuxième guerre mondiale), Lézard se dit Eidechse dont une des traductions peut être (personne n’est d’accord sur l’étymologie de ce nom) : « Sorcière (Hexe) assermentée (Eid = serment) » … A noter encore qu’en Alsace, plus au Nord, au lieu dit Lichteneck (le coin de la lumière), on peut voir de très belles représentations de lézards, très proche du dessin de Molsheim, ces représentations étant vraisemblablement très anciennes et certainement très rares : je n’ai pratiquement rien trouvé sur les représentations de lézards, ni en France, ni ailleurs en Europe.

On suppose, sans connaître l’artiste, que cette Madeleine à été réalisée au début du XVII° siècle.

A noter également une étrange similitude dans la pose et la représentation de cette Madeleine avec une sculpture relevée par André Douzet à la Chartreuse de Sainte Croix en Jarez sensée représenter la méditation de Saint Bruno » Rappelons que saint Bruno est le patron des chartreux.


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« La deuxième Madeleine, provenant de la Chartreuse, est  actuellement conservée dans le Musée de celle-ci établi dans l’ancienne maison du Prieur, est une peinture sur laquelle je n’ai pu obtenir aucun renseignement. La facture en est classique : grotte, croix, crâne. Cependant quelques détails curieux se distinguent. Commençons par les plus anodins :

La croix de bois semble rafistolée et liée avec un cordage à un pieu dans la grotte ;

Dehors un arbre présente à la fois une branche verte et une branche morte.

Deux anges flottent dans le ciel et retiennent visiblement l’attention de Madeleine ;

Au fond de la grotte, une « pierre cubique » supporte le détail le plus insolite détaillé après.

 

Sur ce bloc rocheux se détachent deux « légumes » qui ressemblent à s’y méprendre à deux mandragores ! »

«Il se peut que l’artiste, si on veut une explication un tant soit peu rationnelle, ait voulu indiquer que Madeleine, comme le veut la tradition, ne se nourrissait que de racines dans sa grotte et, dans cette optique, les deux plantes seraient des sortes de navets ou de raves … La représentation de la racine est pourtant typiquement celle de Mandragore et non celle de « bêtes légumes »… Al Sufi.



Les Symboles

Le lézard

Le lézard représente la somnolence. Grimpant sur les hauteurs pour recevoir les bienfaits du soleil, il symbolise l'âme en recherche de lumière.
Ce qui rappelle les Lichteneck ou coin de la lumière dont nous parlait Al Sufi plus haut.
C´est un habitué à la maison, son territoire, il entend le protéger des mauvaises influences réelles ou invisibles ; symbole de l'élévation spirituelle il remonte de l'ombre à la lumière, toujours à la recherche d'un bonheur simple et durable. D'un naturel discret, voire secret et solitaire, le Lézard aime par-dessus tout la tranquillité, la simplicité, son environnement familier auquel il est très attaché.



Associé et souvent confondu avec la salamandre, liée à l'eau, dans laquelle elle vit et à la lune. c'est un symbole de profondeur de régénération, de transformation et de croissance.

Il fait directement référence au serpent et au dragon légendaire. Son attitude, immobile sous les rayons solaires, illustre la contemplation et la réceptivité. C'est pourquoi il est considéré comme un premier degré menant à la sagesse.

Placé près d'un homme, il annonce que celui-ci est en train d'acquérir la Lumière. C´est donc applicable à notre Marie Madeleine sculptée sous l´Œil Rayonnant.
 

Mais aussi le Serpent est assimilé au phallus, il symbolise la libido et la fécondité. Sa représentation est soit figurative, soit abstraite.
Voir la
Marie Madeleine de Tintoret

Remarquons, sur la sculpture de Marie Madeleine à Molsheim, que la CROIX est absente ! Cette croix est l´un des attributs de la sainte.
Ce signe symbolise la convergence du Monde d'en Haut  avec celui du Bas, c´est à dire entre le Dieu Créateur ou Axe Vertical et le monde terrestre, matériel ou Axe Horizontal, la Création ! Et bien voyez les rayons du Triangle Divin, en particulier le central, plus perpendiculaire, qui passe sur cette  Marie Madeleine allongée et reliant ainsi le Triangle du Haut, avec son mont de Venus, ou triangle bas. Nous aurons ainsi un Sceau de Salomon.

L´Œil représenté sur ce Triangle est celui du côté droit, c´est à dire celui de Ra, du soleil principe masculin, opposé à celui de Horus relié lui à la Lune.
L’œil  droit représente l’œil qui a été perdu par Horus quand il combattit avec Seth suite au meurtre de son père, Osiris.

Puisque Al Sufi observa en détail cette « 
Madeleine -Bouddha » et affirme que : « sur toute la sculpture, il n'y a aucun défaut dans la pierre, pas de départ de granulat, pas d'erreur de « frappe » du sculpteur !, si ce n'est quelques traces blanches dues aux fientes des pigeons (on en voit d'ailleurs une à côté du troisième oeil) ; on ne peut donc être définitivement affirmatif, mais il semble bien que ce creux soit volontaire et non accidentel ! J'ai pu aussi à nouveau apprécier la beauté de cette Madeleine, presque voluptueuse dans son sommeil ! qui n'est pas une oeuvre d'art mineure : aussi, il est vraiment étonnant qu'elle ne soit pas mieux connue ?! » 

Donc nous pouvons parler de Troisième Œil ! Je cède la parole à AlSufi

« Quelques commentaires qui rejoignent ton texte ! 

Comme je l’avais annoncé initialement, et contrairement à ce qu’en dit la base Mérimée !, la sculpture est bien en grès et non en calcaire : avec le soleil, on voyait nettement scintiller les grains de quartz du grès ;

Du coup, mon explication initiale du 3ème œil en ressort fortifiée. Je redis donc, qu’à mon avis, cet œil est dû au départ d’un gravillon enchâssé dans le grès. En effet, suivant le gisement et les strates de grès concernées, la roche peu contenir des galets ou gravillons roulés en nombre plus ou moins important : lorsqu’il y en beaucoup, comme dans les strates supérieures du Mont Sainte Odile, on parle alors de Poudingue. Ici, la roche choisie est très uniforme avec un grès très fin, sauf dans la partie supérieure où devait se trouver quelques graviers enchâssés : on voit d’ailleurs, sur la photo que j’ai prise avec les jumelles !, qu’un autre gravier se situait au-dessus de l’arcade sourcilière droite de la Sainte ; mais il a été comblé par un ciment (ce que j’avais pris initialement pour une fiente de pigeon !) 

Par contre, le sculpteur a bien gardé intact le trou médian du front, utilisant astucieusement une caractéristique du bloc qu’il avait choisi pour sa sculpture ! » AlSufi


 



Presque toujours on présente Shiva avec un troisième œil placé verticalement au centre de son front. L'ouverture de cet œil, qu'on appelle « l'œil de la connaissance » ou de Sagesse symbolise l'accès à l'illumination et à l'intelligence cosmique. Voir la Marie Madeleine de Tintoret.


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Sur de nombreux Noli Me Tangere les artiste immortalisèrent cet Œil frontal ouvert par Jésus Christ.

Ici le Noli de Fra Bartolomé, mais on a aussi étudié celui de Van Leyden

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Shiva



Les yeux de Shiva représentent le soleil et la lune, tous deux essentiels au maintien de l'univers actuel. Cet aspect de Shiva correspond à la Préservation (stithi). Il
ouvre les yeux lors de la Création du Monde, les fermant que lors de la destruction de l'Univers, amorçant  ainsi un nouveau cycle.

C´est donc  un personnage contradictoire qui représente la destruction et la naissance d´ un monde nouveau.

Les ornements de Shiva et ceux de la Madeleine.

Des serpents cobras s'enroulent autour du corps et des bras de Shiva, ils symbolisent la continuité.
Pour Marie Madeleine nous avons ici les mèches de sa chevelure qui ondulent telles des bêtes rampantes.
Ces animaux sont des êtres dangereux; leurs présences démontrent la puissance du Dieu. Sur la sculpture cette omnipotence est présente par le Triangle du Haut.

Dans les cheveux emmêlés de Shiva comme ascète, détaché des tentations du monde, on aperçoit un crâne de mort, et un croissant de lune qui fait allusion aux cycles de l'existence. Le parallèle  avec la sainte est assez frappant et le cycle lunaire est représenté par sa féminité.

Et Shiva ?
L'égalité et l'interdépendance de l'homme et de la femme sont symbolisées par une forme de Shiva, celle d Ardhanarishvara, de ardha (moitié), nari, (femme) et ishvara (seigneur). Dans cette forme, Shiva est représenté divisé en deux: le côté droit, masculin, porte les attributs typique de Shiva : le trident et le tambour, tandis que le côté gauche, féminin, porte les attributs de son épouse, la déesse Parvati, un miroir et, parfois, une fleur de lotus. Ardhanarishvara peut être considéré l'expression littérale de la conjugaison des principes mâle (purusha) et femelle (shakti) du cycle cosmique. C´est l´Androgyne sacré.

 
Shiva en tant qu'Ardhanarishvara

Remarquez que le bras gauche de Marie Madeleine repose sur le crâne …

Shiva est aussi une trinité qui se divise ou complète ainsi :

SHIVA le Seigneur du sommeil bénéfique, le dieu des rêves et de l'obscurité qui redonne la force aux corps fatigués. C´est bien l´image donnée par le relief de Molsheim, où on voit Marie Madeleine les yeux fermés, très relaxée.

RUDRA le Seigneur des larmes, causées par la mort de l'être aimé. Ici le parallèle fait représente la face plus connue de la sainte femme. Symbolisé par un crâne.

MAHESHVARA le Seigneur du Savoir, la divinité dont l'intelligence contrôle les mouvements de l'Univers qu'elle a créé, et que les sages appellent " le GRAND DIEU " l'endroit qui concentre toutes les individualités pour en faire Un Etre Unique, une pensée…. Troisième œil, et tête reposant sur la paume de la main faisant un lien avec la tête- crâne. Est-ce la voie suivit par ses pensées, ses enseignements directement hérités de Jésus ?

La main droite et la gauche  symbolisent du passé et du future, mais aussi la Voie de la Main Gauche et Voie de la Main Droite, termes  qui se réfèrent à une dualité logique entre deux types distincts de religion. Dont le symbole le plus connu de tous est donné par  l´image du Baphomet
 

Le lézard ( à droite) est aussi présent sur les représentations de Shiva.  Mais revenons en à l´Occident. Cet Œil sur le front rapporte  au stigmate de sainte Rita ( Marguerite )


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Sainte Rita de Cascia



La patronne des causes perdues, passa par toutes les étapes que puisse vivre une femme :  fille, épouse exemplaire malgré les coups de son époux , mère de deux jumeaux, veuve, mère douloureuse après la perte de ses enfants, religieuse, stigmatisée au front et sainte au corps incorruptible.

Déjà au berceau les abeilles remplissaient sa bouche de miel. Un paysan effrayé par  cette scène voulu les disperser avec son bras malade, celui-ci guérit soudain !

Son époux ayant été assassiné, les jumeaux jurèrent vengeance et quittèrent ainsi ce monde, laissant Rita libre d´entrer au couvent.

Devant le refus d´admission  au couvent de Sainte Marie Madeleine, dû à la méchanceté de la supérieure qui la trompa en lui disant que seules les vierges y étaient admises, Rita multipliera les bonnes œuvres de charité. Finalement les moniales furent obligées de lui ouvrir les portes, mais Rita éveille, par son grand amour à la Passion du Christ, leur jalousie. On se moque d´elle en lui imposant comme tâche d ´arroser un bout de bois plus que sec. Finalement celui-ci donnera, suivant les versions, soit un olivier soit une vigne. A Cascia, sa ville natale c´est la cep et les raisins qui sont miraculeux.

Même au couvent des sœurs de la Madeleine, sa seule consolation c´est la prière durant laquelle souvent des roses, même hors saison se matérialisent devant Rita  Un jour elle demande au Crucifié de partager avec elle l´engouasse de la Passion. Une épine de la couronne la blessera sur le front. Cette plaie exhale une odeur  si nauséabonde  que les bonnes sœurs l´enfermeront  jusqu´à sa mort.
Ce fut un parfum très agréable à rose qui attirera les foules au couvent de Marie Madeleine et ce ne fut qu´alors en cherchant la source de cette odeur qu´on trouvera le corps de Rita.

On retrouve bon nombre de symboles assez connus des chercheurs de Rennes- Le-Château comme l´abeille qui en Egypte ancienne, serait née des larmes  que RÂ, dieu solaire, aurait laissé tomber sur terre. Par son miel et par son dard, l'abeille est considérée comme l'emblème du Christ. Á Ephèse, les prêtresses portaient  le nom d'abeilles.

Effeuillons les Marguerite, Madeleine et Marthe :

Rita (fêtée le 22 mai ) n´est autre qu´une des nombreuses saintes répondant au nom de Marguerite. Ces saintes femmes sont toutes unies à l´image d´enfants. Comme par exemple, sainte Marguerite d´Ecosse que l´on représente nourrissant ses huit petits.

Mais il y en a une qui fit dire au Pape Benoît XIII :  « Marguerite est la femme qui ressemble le plus à Marie Madeleine » !

Cette Marguerite naquit à Cortone en 1297 ( fêtée le 22 février )
Elle avait vingt-huit ans et était mère d'un petit garçon quand elle perdit son amant. Elle le trouva assassiné au pied d'un arbre. Un chien la conduisit jusqu´au corps. Elle retourna chez son père, un pauvre paysan de Toscane qui l'accueillit avec amour. Elle voulait rentrer dans un couvent de Cortone. Entrée qu´ on lui refusa  à cause de sa  trop grande beauté et de son jeune âge. Elle décida de racheter ses errements par une pénitence publique, se promenant dans les rues, montée par un ânier qui, dans les rues de la ville, criait son passé. Elle logeait dans une cabane chez des gens riches qui la lui avaient donnée au fond de leur jardin tandis que les Frères Mineurs se chargeaient de son fils. Admise dans le tiers-ordre franciscain, elle y vécut vingt-trois ans, gratifiée par Dieu de nombreuses faveurs mystiques.
On peut dire qu´elle passa la moitié de sa vie dans le péché et l´autre en pénitence .

Si ceci rappelle la vie de la Madeleine que dire alors de cette Marguerite d´Antioche et de sainte Marthe !
On nous dit que ce fut  sainte Jeanne d'Arc qui donna une existence historique à cette martyre jusqu´alors inconnue soit disant originaire d'Antioche et qui devint très populaire par la suite.

 C´est par un signe de croix qu´elle vainquit le démon ! Comme notre saint Antoine le Grand.

 “ Reconnaissable au dragon qu'elle tient enchaîné, on l'invoque pour soigner les maux de rein et pour les accouchements ”

Par contre c´est Marthe qui soigna les reins du roi Clovis : « 
Or, comme il s'opérait beaucoup de miracles au tombeau de sainte Marthe, Clovis, roi des Francs, qui s'était fait chrétien et qui avait été baptisé par saint Remy, souffrait d'un grand mal de reins; il vint donc au tombeau de la sainte et y obtint une entière guérison. C'est pourquoi il dota ce lieu, auquel il donna une terre d'un espace de trois milles à prendre autour sur chacune des rives du Rhône, avec les métairies et les châteaux, en affranchissant le tout. Or, Manille, sa servante, écrivit sa vie; ensuite elle alla dans l’Esclavonie où, après avoir prêché l’évangile, elle mourut en paix dix ans après le décès de sainte Marthe. » LA LÉGENDE DORÉE DE JACQUES VORAGINE

  

 Sainte Marthe et Sainte Marguerite


Laissons donc le 
“Corporis Agni margaritum ingens”, la riche perle du Corps de l´Agneau, symbole de l´Eucharistie  et revenons à Molsheim et sa deuxième  Madeleine.

Je voudrais compléter la description faite par Al Sufi en signaler quelque détails :

D´abord  ce crâne  qui finit par une espèce de museau est à souligner.

Les attributs de Marie Madeleine sont la Croix, le Crâne, des livres et le Baume. Ce dernier est absent ici comme sur la sculpture du seuil.

L´a-t-on remplacé par ces deux racines ? L´Aloé Vera ou la fleur de Nard, par la Mandragore, « l´herbe au pendu qui revigore » comme chantait Brassens.



Un Reni Guido ...Inversé


         

La Mandragore

« Plante dont la racine symbolise la fécondité et la virilité. Sa forme d'homme végétal se retrouve sur de nombreux chapiteaux romans. Certains pensaient, au moyen-âge, qu'elle naissait du sperme d'un pendu. »

De multiples vertus thérapeutiques lui sont attribuées : elle est sédative, antispasmodique, anti-inflammatoire mais aussi hypnotique et hallucinogène. Elle peut donc remplacer le baume porté au tombeau par Marie Madeleine.

La Mandragore est très connue pour ses propriétés aphrodisiaques qui lui confèrent une vertu fertilisante.

Ici l´absence du pot au Baume rappelle les
saintes Cènes qui jouent avec Marie Madeleine et le Graal. Quand l´une y est, l´autre disparaît .Or dans l´art ce récipient  contenant le Baume est souvent représenté comme une coupe avec couvercle fermé, semi-ouvert, ou laissant complètement échapper son secret : l´essence du contenu ! Ce qui associe Madeleine avec Pandore…en langue de Jarre ?! D´autre part quand Madeleine ouvre son pot la ceinture de cette sainte femme est nouée, symbole de bonne espérance, de future naissance.

Les effets hallucinogènes de cette la plante, et la capacité de ses principes actifs de traverser la peau et de passer ainsi au sang, explique pourquoi les sorcières du Moyen Âge, s'enduisaient les muqueuses et les aisselles d'un onguent à base de mandragore. Entrant ensuite en transe elles pensaient s'envoler sur leur balai et voir des créatures diaboliques le jour du sabbat.

À noter que la plante était également utilisée par les guérisseuses, notamment pour faciliter les accouchements, mais aussi contre les morsures de vipère…  Voici la sorcière suggérée par le lézard  dont nous parle Al Sufi, mais aussi la « déesse Serpent » de Raoul.

Et ce n´est pas étonnant car cette racine humanisée, dite aussi la « la main de gloire », source d'envie mais aussi de crainte révérencieuse, fait l'objet, essentiellement au Moyen Âge d'un culte macabre, d'ailleurs interdit par l'Église.

Pour les Grecs  la Mandragore était la « plante de Circé la magicienne ». Symbole de fécondité, elle pouvait aussi révéler l'avenir ou rendre riche son propriétaire et lui porter chance.

Dans le trentième chapitre de la Genèse, il est fait mention de mandragores (ou pommes d'amour selon les traductions) : Ruben, fils aîné de Jacob, rapporte à sa mère Léa des mandragores. Rachel, jusqu'alors stérile, demande à sa sœur de les lui donner. Celle-ci n'accepte qu'en échange de passer la nuit avec Jacob. Quelques temps plus tard, Rachel conçoit son fils, Joseph « l´égyptien ».

C´est un des végétaux associé au signe zodiacal du Capricorne, l´autre  plus connu étant le chèvre-feuille. Ce signe, à cheval entre la fin et le début de l´ans neuf, est s´associé à Janus, aux deux visages. C´est le signe de naissance traditionnel de Jésus, 25 décembre. Mais c´est aussi le signe régnant le 17 Janvier, date si connue des chercheurs de l´énigme de Rennes -Le- Château. 

Des  rituels magiques étaient nécessaires pour se procurer la si dangereuse racine de mandragore, car « sera poursuivi par sa malédiction, celui qui arrache la mandragore sans précaution, celui-ci devient fou en entendant les hurlements de la plante » Pour bien faire et s´en protéger la cueilleuse s´aidait d´un chien. Ce qui rappelle
Sainte Marguerite de Cortone  qui est représentée avec son chien

Enfin dans le Bestiaire d'Oxford, écrit au Moyen Âge, la Mandragore est « l'Arbre de la Connaissance » celui dont Adam et Ève mangèrent le fruit. Celui qui plus tard sera associé à la Pomme, symbole de l´attraction sexuelle.

Et puisque nous parlons d´arbre…


Les Arbres en X , ou Croix de saint André.


Regardons à présent le fond du tableau et son décor végétal : une petit arbre sec à gauche de deux plus grands, formant une croix de saint André dont seul l´un d´eux porte des feuilles. Il y a aussi une branche sèche sur la tête de Marie Madeleine.

D´abord le symbole de l´ARBRE :

Symbole de stabilité et du don, signe chargé de connotations positives ; il est associé à la vie aisée, à la prospérité, au bonheur et à la fécondité ; repère stable dans un univers changeant, il est l'axe autour duquel gravitent les êtres, les choses, les esprits ; par ses racines il est symbole de la vie, par ses feuilles la connaissance, la sagesse.

Comme signe astrologique berbère 
: les personnes associées à ce signe sont caractérisées par leur sérénité, leur force intérieure tranquille et bienfaisante. Ce qui va comme un gant à la Marie Madeleine de Molsheim !

Et puis.. L´ARBRE ET L´ALCHIMIE  comme souligne Al Sufi :

L’Arbre mort et l’Arbre vert font également référence à une riche symbolique alchimique, développée notamment par Fulcanelli dans ses deux ouvrages : « Le Mystère des cathédrales » et les « Demeures philosophales ».
Voici ce que nous dit
 le bloc de Archer qui traite de Julien Champagne, illustrateur de Fulcanelli, de Canseliet, et bien sûr d’Alchimie ! 

"Deux arbres de même dimension et de grosseur semblable figurent côte à côte sur le même terrain; l'un est vert et vigoureux, l'autre inerte et desséché.

La banderole qui paraît les réunir porte ces mots: .SOR.NON.OMNIBVS.AEQUE. Le sort n'est pas égal pour tous."

    


Ici, Fulcanelli se montre délibérément elliptique. Il rappelle que suivant la doctrine alchimique, les minéraux extraits de la roche sont vivants, mais condamnés à mourir aussitôt après leur extraction et périssent bientôt sous l'action néfaste du feu réducteur.

"Telle est la signification des deux arbres symboliques, dont l'un exprime la vitalité minérale et l'autre l'inertie métallique."

En note de bas de page, il remarque cependant qu'au pied de l'arbre couvert de feuillage, la terre est creusée en forme de cuvette, afin que soit mieux retenue l'eau versée pour son arrosage.

"De même, le métal, mort par la réduction, recouvrera-t-il l'existence, en des imbibitions fréquentes."

Pour un Kabyle la croix est synonyme de Maison et reste attachée au chiffre 4 ce qui la rend encore plus intéressante ! Voyons :

« C'est le symbole dominant de l'automne ; il exprime à lui seul tous les fondements de la pensée amazighe, fondé sur le chiffre cardinal 4, considéré comme le nombre crucial, totalisateur, symbole d'espace et d'équilibre parfait. En effet on retrouve ce nombre à la base du carré, représentation de la maison, fondement de la société berbère, que l'on retrouve également dans l'écriture tifinagh, à la base de nombreuses lettres et de la croix, également utilisée en écriture tifinagh.

La Croix, comme le peigne à tisser, est le symbole de la convergence du monde d'en haut et du monde terrestre. Outre cet aspect quasiment divin du chiffre 4, on retrouve la Croix (4 angles) comme symbole des quatre saisons, des quatre vents, les quatre directions (points cardinaux), quatre phases de la Lune, quatre parties de la plante ( racines, tige, feuilles et fleur à fruit), quatre espèces animales ( celle qui rampe, celle qui vole, celle qui marche et celle qui nage) ; le nombre quatre représente aussi les quatre dimensions célestes des Imazighens : le ciel, le Soleil, la Lune et les étoiles, ainsi que les quatre temps humains ( enfance, jeunesse, maturité et vieillesse) ».

« La psychanalyse moderne, à la suite de Jung, accorde à la « quaternité » le fondement archétype de la pensée humaine, totalisant les processus psychiques conscients et inconscients ; la conscience à son tour comprenant quatre fonctions fondamentales : la pensée, les sentiments, l'intuition et la sensation. »

Dictionnaire des symboles Kabyles


Le fameux retable de  Marie Madeleine à Santes Creus de Tarragona présente aussi une croix de saint André dessinée par deux arbres,  placés à droite d´un plus petit. Ces arbres ont un joli feuillage bien épais.

Mais la croix de saint André représente pour un chrétien la passion de ce personnage. Qui fut André ?

Saint André, fut le premier apôtre appelé par Jésus dans la Bible, qui alla prêcher dans la Mésie pour la première fois.

Il était de Bethsaïde en Galilée, sur les bords du lac de Tibériade. Avec son frère Pierre, il vivait de la pêche. C'était un assoiffé de Dieu. Il avait entendu la prédication de Jean le Baptiste, avait sans doute reçu son baptême de pénitence et était devenu l'un de ses disciples. Il avait su discerner l'exacte mission de Jean. Aussi, quand il l'entendit désigner Jésus : " Voici l'agneau de Dieu ", il le suivit pour ne plus le quitter. Dès cet appel, André devient apôtre, avant même d'en avoir reçu le titre. Il rencontre son frère Pierre et l'amène à Jésus. Il est l'homme qui sait nouer des contacts. Lors de la multiplication des pains, c'est André qui amène le jeune garçon portant ses cinq pains et ses deux poissons. Quand des Grecs veulent rencontrer Jésus, c'est à lui qu'ils s'adressent tout naturellement.

C´est le patron d'Ecosse. Mais c´est aussi dans cette région que l´on trouve une princesse sainte Marguerite mariée à un roi écossé qui associa sa femme aux affaires du royaume et son règne durant une quarantaine d´années. Elle survécut à son époux et fut mère de rois. Elle disait ainsi :

  « La main des pauvres est l’assurance des trésors royaux. Ce coffre-fort, les cambrioleurs les plus retors ne sauraient le forcer. »

Propos de sainte Marguerite

Rien n’a été promis à Pierre et à André par le Maître. Ils quittent leurs biens. Il nous faut considérer plutôt la volonté que la valeur des biens. Il quitte beaucoup celui qui ne garde rien pour lui. Il quitte beaucoup celui qui abandonne tout ce qu’il possède. Pierre et André abandonnèrent l’essentiel : l’un et l’autre renoncèrent au désir de posséder. (Saint Grégoire le Grand - Homélie sur l’Evangile)

Nous avons déjà rencontré le long de cette étude des dragons, celui de Marthe et celui de Marguerite Et bien saint André lui aussi terrassa cette bête à Aix-en-Provence !


Pourquoi cette croix sur ce retable ? Pour nous dire que Madeleine est l ´Apôtre préféré, c´est Jean, avec aigle, calice ou Graal contenant le dragon, mais aussi qu´elle fut apôtre, avant même d'en avoir reçu le titre, et le premier apôtre appelé par Jésus comme le fut André mais peut être même avant lui. Car si ce retable est fameux c´est surtout pour ses peintures du bas, ou l´on nous présente une Madeleine visiblement enceinte sous la croix, portant la ceinture typique de la grossesse. Cette fertilité est représentée à Molsheim par la Mandragore, fruit du sperme d´un supplicié !  Et sa spiritualité nous accueille sur le seuil.

Voyez la gravure de Hendrik Goltzius, qui représente Marie Madeleine avec un lézard ( au bas à droite).



Santes Creus de Tarragona ( Espagne)



 
La Madeleine de Molsheim, Copie Inversée de celle de Reni Guido dit Le Guide

L´original, le plus ancien est celui de Reni Guido, qui se trouve à la Galerie Barberini où on peut admirer la collection d´Antonio Barberini, Mécène de Nicolas Poussin.

Petite anecdote :

Cet homme acheta aussi le Guerchin, celui des deux bergers, au fameux titre de :  ET IN ARCADIA EGO de 1618, qui apparaît sur l´inventaire fait de 1644. En 1812 ce Guerchin passa à
Colonna di Sciarra, et fut alors attribué à  Bartoloméo Schedoni jusqu´en 1911, quand Voss l´étudia et le compara à Apollon et Marsyas sur lequel on retrouve ses deux fameux bergers.

Reni Guido dit le Guide est un bolognais proche du Chevalier de Malte, Caravage et Raphaël. Contemporain du Guerchin et natif de la même région. C´est à Bologne que se trouve une copie du
Guerchin du Sarzeau.

Nicolas Poussin aussi travailla pour Barberini, et
se plaisait à louer les qualités du Guide Reni, mais se heurtera à lui quand il louangera celle de son rival  Il Dominichi 

A la chartreuse de Molsheim il y a donc une copie de la Madeleine Pénitente de Guido qui fut sujet d´étude sur ce site.

Comme vous pouvez apprécier, l´esprit du  grand Maître italien ne fut pas altéré, mais souligné : Les feuilles des deux mandragores sont plus vertes ; les vêtements de la sainte femme ont la couleur du spirituel et nom ce rouge délavé, rouge sexuel passif, par le temps et l´intempérie et les arbres croisés dont un seul reste vivant. Guido ou son école laissa aussi une Repentie vêtue de gris.

  
 
   

Réni Guido
 Anonyme inversé à Molsheim- Photo d´AlSufi
Une autre copie inversée avec l´Marie Madeleine en habit rouge et où le fouet remplace les mandragores. L´arbre en X subsiste pourtant.
Une Madeleine vêtue de gris de Reni Guido ou son école
Madeleine de Reni Guido, auréolée, sans croix, sans mandragore, ni arbre en X

 

Voici que je tombe sur cette toile, ici-bas, qui est attribuée à Reni. La fit-il pour quelqu´un à qui ses bizarreries, bien que discrètes, dérangeaient ?

Ou simplement comme model pour être reprise par ses élèves ? Travailla-t-il sur commande et son client demanda ses détails ?

Ce client fut Antoine Barberini, celui qui acheta ou commanda cet IN ARCADIA EGO au Guerchin !  et qui n´est pas étranger aux mécènes de Nicolas Poussin.
Par exemple sur la dernière image, les seins de Marie Madeleine sont recouverts par sa chevelure,

plus de crâne, ni croix, ni baume, ni angelots, ni mandragore, ni arbres en X

 


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