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Puisque une image vaut mille paroles…

Celle de Léonard à
Milan ( Cliques pour agrandir HD)
Voir avant et après la
restauration qui dura 20 ans : Ici
Notons
que ce mural est si détérioré qu´ une vingtaine années de restauration n´ont pu en venir à bout .
Ce qui circule, comme étant « la Cène restaurée », n´ est qu´une copie du XVI º siècle qui se trouve au Da Vinci Muséum de Tongerlo à Anvers.
« La
copie de la Cène
de Tongerlo, alors attribuée à Léonard, est négociée, en 1545, à Anvers,
auprès des héritiers d’un certain Jean Le Grand. Son lieu de conservation
antérieur est inconnu. » écrit Laure Fagnart, sur cette page.
Où Laure explique le décalage des objets et des figures, par l´utilisation de
calque par les « leonardeschi »
ce qui est fort logique. Voyons les calques :

Copie de Tongerlo, Belgique attribuée soit à Solario, soit à d´Oggiono, copié
sûrement de celle de Giampetrino ( voir plus bas )
Celle de Marco d´Oggiono, qui lui fut attribuée
dans un inventaire de 1650, alors qu´aujourd´hui on parle d´un anonyme
milanais du XVIº,
se trouve de nos jours à la
pinacothèque de Brera à Milan

En France
Il
existe aussi une autre copie à l Église
Saint-Germain-l’Auxerrois de Paris , place du Louvre:
« Cette
église possède une copie de La Cène de Léonard de Vinci, dont l’original se
trouve à Milan au couvent de Sainte Marie de Grâce ».

Etude
pour la copie de la Cène destinée à l Église Saint-Germain-l’Auxerrois
de Paris. Réalisée par Raphael ou Bramantino
Cette copie en bois,
peinte vraisemblablement peu de temps après l’original, date du début du
XVI°siècle. Retable dont je n´ai, hélas pas d´image, mais que Jean-Baptiste Poncet
(1827-1901 ) copia pour placer sur
l´autel de l´Eglise d´ARC-sur-Tille, entourée d’un Baptême du
Christ d’après Hippolyte Flandrin,
dont l’original fait aussi partie du décor de Saint-Germain-des-Prés à Paris)
et du Mariage de la Vierge d’après Raphaël
(Brera, Milan) dont nous verrons une copie de la fameuse Cène, plus loin.

Eglise
d´ARC-sur-Tille par Jean-Baptiste Poncet
Ce ne
sont pas les copies qui manquent en France. Lors de la conquête du Milanais ,
les français purent contempler au réfectoire du couvent Santa Maria
delle Grazie, la Cène qui venait finalement d´être achevée, par
Léonard.
Paolo Giovio qui écrivit “Leonardi Vincii Vita” raconte que « le roi trouva
la peinture murale si admirable qu'il exigea que l'on détache l'œuvre de son
support afin de la ramener en France. » Exagéra-t-il ? S´il s´était
agit d´une toile , le roi l´aurait emporté, comme plus tard Napoléon fit avec
les Noces de
Canaan du
Véronèse, œuvre qui mesure 666 x 990 cm et qui tient compagnie à la Joconde,
puisqu´elle est placée juste devant elle.
Le fait est qu´ Antoine Turpin, trésorier et receveur
général des finances et Gabriel Gouffier, protonotaire apostolique
commandèrent une copie de la Cène, seulement quelques années après la fin de
l'exécution du modèle (1498).
Une troisième version de cette œuvre serait citée dans
les inventaires des meubles du CHATEAU DE GAILLON, ramenée en France par le
cardinal Georges Ier d'Amboise et cela avant 1510, d´après la thèse de Laure Fagnart. Par son travail de
recherche de Thierry
Garnier ajuste la date puisque
cette Cène n´apparaît pas plus tard : “ la toile n'est pas
mentionnée dans l'inventaire de 1508 . On la retrouve seulement dans celui de
1550.”
Et il suit ainsi sur ses forums de
Archéoblog: “ En fait la toile fut exécutée avant 1510 (mort de G.
d'Amboise) comme il est bien dit, mais après 1508 (voir les inventaires sur sa page
). Ce
qui donne approximativement 1509. A cette date Andréa Solario était encore à Gaillon, il est donc le meilleur
candidat pour l'exécution de l'oeuvre. “
Celle de l'église Saint-Germain l'Auxerrois à Paris, en
serait une autre copie fidèle , suite à une commande française postérieure
à 1515.
Tandis qu´une autre se trouve à la
chapelle du Château d´Ecouen.
voir aussi le vidéo
de Thierry
Garnier pour celle d´Ecouen

Cène
exposée au château d´Ecouen attribuée à Marc d´Oggino ( oeuvre appartenant au
Louvre)

Copie de celle d´Ecouen exécutée pour l´église de Saint
Vérand ( Isère).
Elle fut commandée en 1856 par Rey, curé
de la Paroisse.
( source Jacques Roux )

A l'ancienne cathédrale de
Saint-Paul-Trois-Châteaux en Drôme provençale.
Certaines des copies
tardives de la Cène s’appuient sur un vrai travail de recherche. C’est le cas
de celle commandée à André Dutertre par Louis XVI. Après un long travail
d’étude, Dutertre présente sa copie, une aquarelle, pour laquelle il reçoit
en 1794 le prix de dessin du Louvre.
En Italie
Dès 1503, Andrea Turpino,
trésorier en chef du duché de Milan, commande une copie (aujourd’hui
disparue) de la Cène à Bramantino.
En 1506, Gabriel Goffier, protonotaire apostolique, en commande une autre
(également perdue) à Marco d'Oggiono.
Tout au long du XVIe siècle et du XVIIe siècle, des copies de la Cène sont peintes
dans des édifices religieux (en particulier en Lombardie) : la Basilique
de San Lorenzo Maggiore (début du XVIe siècle, attribuée à Antonio della
Corna.) et l’église Santa Maria della Pace (Giovanni Paolo Lomazzo en 1561)
de Milan, le couvent dei Girolimi de Castellazzo (Andrea Solario, avant
1514), la Chartreuse de Pavie (Giampietrino, 1515 - 1520), aujourd´hui en
Angleterre.( voir plus bas )

Tullio Lombardo à Santa Maria dei
Miracoli, Venise, datée vers la fin du quattrocento

Giovanni Pietro Birago vers 1500

Cesare Magni vers
1520 à Milan, Pinacothèque de Brera

Eglise Sant’Ambrogio à Ponte
Capriasca.
Attribuée à Pietro Lovino ou
Marani ou à Cesare de Sesto ou à Isidoro
Marcionetti
dans le passé elle
passait pour être une œuvre de Giampietrino.
( cliques pour
agrandire HD )

Tapis de la Cène à la Pinacothèque du
Vatican.
Tapisserie tissée en Flandres
offerte par le roi François I au pape
Clément VII en 1533

Mural détaché de la Cène de Giovanni
Mauro della Rovere autrefois à Milan
1628
Toujours dans la région de Lugano à Ticino
on peut admirer la Cène de Bernardino Luini, élève très doué de Vinci dans
l´église de Sainte Marie des Anges.
Celle-ci diffère et se présente divisée par trois.

Luini
En 1612, le cardinal
Frédéric Borromée, amateur zélé des beaux-arts, essaya de prévenir la perte totale
de la Cène de Léonard et chargea un milanais, André Bianchi, surnommé
Vespino, d’en faire une copie à la même échelle. Vespino étudia les
différentes physionomies des personnages et copia toutes les figures, mais
une à une.

Le tableau résultant se
trouve encore actuellement dans la bibliothèque Ambrosienne à Milan, et il
fut la base principale du mosaïque de Bossi .( voir plus bas )
Toujours en Italie mais cette fois à Turin,
ancienne capitale du
royaume de Savoie
( photos prises par AlSufi l´été de 2008 )

On peut voir ce tableau à dans cathédrale de Turin, à l'intérieur, au dos de la façade,
au-dessus du porche.
D´un auteur non défini pour l´instant, si vous avez des pistes
écriez moi s.v.p.
Comparez la avec celle
D´Anvers
Jésus est moins haut sur
celle-ci
Le personnage appelé Jean ou Marie Madeleine
porte un décolleté arrondie
sur une tunique verte, comme le reste des personnages
alors qu´à Milan il est le seul à l´avoir carré. L´espace du cou
est plus réduit, mais malgré tout le visage reste féminin.

Dans l'église, moderne de Colle Don Bosco très apprécié par
Jean-Paul II . Ici la représentation paraît particulièrement fidèle à
l'original de Milan .
Comparez la avec
celle de Léonard à Milan, avant et après la restauration : Ici
Nous n´avons aucune information sur les
auteurs de ces reproductions, mais le
mural de Turin semble un copie-collé
de celui de Milan avec les visages floues de Jésus et Jean-Marie
Madeleine, donc avant sa longue restauration . On voit même la porte sous le
Christ !
Cette seconde
Cène rappelle les clonassions effectuées de nos jours sur l´originale de
Milan ( Voir article
)
par le laboratoire Factum Arte de Madrid pour la Salle delle Cariatidi di Palazzo
Reale
Tous mes remerciements à AlSufi pour le
partage de ses photos
En Angleterre

Dans la chapelle
de la Royal Academy of Art du Magdalen Collège attribuée à Giampietrino vers 1515
( Voir l´emplacement du tableau de l´élève de Vinci en HD )
Il provient de la
Chartreuse de Pavie, où Bartolomeo Sanese le voit en 1624.
Il est acquis par la Royal Academy of Arts de Londres, en 1821, puis
transféré à la chapelle du Magadalen College d’Oxford
Joseph Bossi et son étude pour le mosaïque de Vienne
Lorsque le royaume d’Italie fut proclamé,
le prince Eugène de Beauharnais Savoie voulut signaler le début de sa
vice-royauté en suivant l’exemple de Ludovic Sforza qui, trois siècles
auparavant, avait commandé la fameuse Cène à Léonard. Mais craignant le
détériore de sa commande, il demanda que cette Cène fut réalisée en mosaïque.
Son royaume serait aussi impérissable qu´elle, pensait-il. Joseph Bossi fut chargé de ce travail qu´ il commença
dès les premiers jours de mai 1807.
Donc Bossi chercha à reproduire exactement l´ œuvre du réfectoire de Santa
Maria delle Grazie , pour cela il étudia Marcus d´Oggiono, Cesare da Sesto et
Luini entre autres, tous sont issus de l´école de Léonard de Vinci.
Marcus d’Oggiono, élève de Léonard de Vinci, fit vers 1510 une copie en
petit, afin de l’utiliser ensuite en l´agrandissant. Cette copie n’était pas
tout à fait exacte, mais elle lui servit de base pour celle du réfectoire du
couvent de Castellazzo, aujourd´hui démolie, mais pas en 1810 puisque Joseph Bossi, la vit.
Une deuxième copie est une fresque qu’on voit à Ponte Capriasca. On la
rapporte à l’an 1565, et on l’attribue soit à Pierre Lovino, soit à Cesare da
Sesto, élève de Léonard. Elle a ceci de particulier : les noms des
figures y sont inscrits. Bien sûr la figue
qui se penche sur Pierre porte le nom de Jean. A travers les DEUX fenêtres nous pouvons voir à notre
gauche le sacrifice d´Abraham et à droite la prière de Jésus sur le Mont des
Oliviers. ( voir plus haut )

V Le mosaïque de Minoritenkirche ( Vienne ) exécuté par Giacomo Raffaelli et commandé par Napoléon 1810-1818
En avril 1807, le vice-Roi d’Italie, Eugène de
Beauharnais, confie à Giuseppe Bossi la tâche de copier la Cène de Léonard de
Vinci et à Giacomo Raffaelli celle d’en tirer une mosaïque. La copie de
Giuseppe Bossi a été détruite en 1943. La mosaïque de Raffaelli est partie
pour le Musée du Belvédère puis a été cédée à la Minoritenkirche de Vienne,
l’église de la minorité italienne de Vienne, où elle se trouve encore
aujourd'hui.
L´Espagne,
Philippe II et la Cène de
Valence
En 1585 Philippe II prit une copie qui se trouvait à la cathédrale de Valence
et la mis à l´Escorial.
Cette copie serait due à Bernaldo de Buix d´après Fray Juan de San Jerónimo, alors que Fray José
de Sigüenza la décrit :
"Está aqui vna Cena del Señor, ... Es
pintura de Leonardo de Vins, ... Presentaronle al Rey nuestro fundador esta
copia en Valencia, que como digo es tan buena, que quita la gana, digo el
deseo de traer aca el refectorio de Milan.”..
Voici quelqu´un qui aurait aussi emporté celle de Milan.
Et Vicencio Carducho reprend l´histoire de Paolo Giovio en disant que comme Philippe ne
put prendre celle de Milan,
devant laquelle il tomba en admiration donc il en fit faire une copie.
Après la mort du dernier Sforza François II ; les rois de France, parents de la famille Visconti, réclamèrent le duché.
Philippe II fut investi en secret
Grand Duc de Milan le 11 octobre 1540, puis le 5 juin 1546 par son père
Charles V, Empereur de Saint Empire Germanique.
Ce titre ne fut publique qu´en 1550
et le roi nomma Fernand Gonzague comme gouverneur de Milan.
Cette copie voyagea en France avec les troupes de
Napoléon, mais quand elle revient à Madrid elle était si détériorée qu´on mis
à sa place un Tintoret.
La France la rendit enroulée dans un tuyau de carton et
les pigments se seraient détachés de la toile.
Tormo attribue cette copie à Hernando Llanos et non à Bernaldo de Buix. Hernando voyage-t-il à
Milan ?
Il nous est parvenue une facture à son nom payée par Léonard de Vinci, le 30 avril de 1505 pour sa labeur sur
"Batalla de Anghiari".
Les frères Llanos
travaillèrent à Valence ! D´où Philippe II s´en saisit. Donc le serpent se
mord la queue.
Les Llanos furent les maîtres de Juan de Juanes dont les Cènes seront le
sujet du chapitre suivant.
C´est aussi à eux que le Prado semble attribuer la Jumelle de la
Joconde de ce Musée.
Une seconde copie apparaît dans la collection du Deán López Cepero, vendue aux enchères en 1813 pour une valeur de 3000 réales.
Pourquoi toujours la Cène de Léonard ?
Pour émuler le Sforza, oui mais n´oublions pas que cette Maison de Savoie, si
attachée au Saint Suaire et à la sainte Lance de Mantoue,
se réclame descendante de ce Saint
Sang ( Voir Rois de Sion ) Il doit donc exister au
moins un message sur ce Cénacle qui aille dans ce sens.
Toutes ces répliques de la Cène
expliquent pourquoi Stendhal put écrire :
« J'ai vu dans mes voyages environ 40 copies de la Cène de Léonard. Au total, la
gravure de Morghen me convient beaucoup mieux. » (Journal, 11 mars 1808).

Gravure
de Raphaël Morghen
Autres

A Wieliczka- Pologne
Madeleine
est devenue Jean

?

Anonyme à l´Hermitage , Saintpeterburg datée
du XVIº
Puis nous avons la copie de Nicolas
Poussin:

La Cène de Léonard de Vinci
Ce ne sont pas les Cènes qui manquaient comme modèle,
pourtant celle de Vinci connut un très grand succès,
revenons à l´original peinte sur le mur du réfectoire du couvent, cette pièce servit
très longtemps d´étable, ce qui abîma la peinture, bien oubliée.
Elle survécue aussi miraculeusement
aux bombardements de la seconde guerre mondiale.
Donc pour l´étudier je vais me servir aussi bien de celle de Milan comme de
celle de Tongerlo.
Pour nous faire une idée du travail de restauration effectué à Milan voir
: ici
De l´importance
accordée à la physionomie à l´époque
naissent les deux légendes qui veulent expliquer pourquoi Léonard
tarda trois longues années pour finir ce mural.
Le problème pour lui serait de trouver le modèle pour le visage de Judas ,le traître.
La première version dit que Judas ne serait que le supérieur du couvent, qui
se montrant trop anxieux de voir l´œuvre achevée, mérita ce «
privilège ».
La seconde, Judas serait la même
personne qui posa pour l´artiste, trois ans au paravent, incarnant la figure de Jésus.
Cet homme, après des années de mauvaises actions, aurait changé l´expression
de sa figure, de telle façon que Vinci ne le reconnut point
quand il fit un schéma de son visage
à la prison de Milan. Ce fut le prisonnier qui dévoila son identité.
Le fait est que le Jésus de la Cène a les trait flous , car, dit-on, Vinci
n´osa comparer la perfection due à la pureté du Christ,
même avec le plus beau visage des
communs des mortels.
D´après les restaurateurs actuels Judas fut peint bien avant Jésus.
Thierry
Garnier retrouve avec la Cène du château d´Ecouen une trinité ,
celle de la Table Ronde si liée au Graal.

Mais
s´agit-il de Marie Madeleine ?
Le visage du personnage, assis à droite de Jésus, est actuellement et malgré
la restauration, aussi flou que celui de ce dernier sur le mur de Milan.
Les copistes restèrent et resteront
fidèles à ce féminin. Et les couleurs de ses habits sont inversées. Cette personne
et Jésus sont les seuls à rester impassibles.
Pouvons nous, sur les restes conservés à Milan, certifier qu´il s´agisse
d´une femme et non d´un très jeune éphèbe ?
Les Cènes du valencien Juan de Juanes peuvent nous aider
A vous de juger en lisant la suite…
Suivre : La Cène de
Vinci par Nicolas Poussin
Ou Suivre : Vinci et Juan
de Juanes

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