"Il s'agit-là d'un endroit que tout espagnol, ne serait-ce que légèrement espagnolisant -c'est-à-dire doté d une conscience historique de son hispanisme- devrait visiter au moins une fois dans sa vie, comme les musulmans vont à La Mecque".
Miguel de Unamuno à propos de l´Escorial

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 




 

L´Escorial de Philippe II

 

Philippe II est le fils du bourguignon Charles Quint,* ,  première Habsbourg  à monter sur le trône espagnol et d´Isabelle du Portugal. Quand ce dernier se retira de la vie politique pour la monastique au couvent de Yuste , il demanda à son fils de lui construire un tombeau sous une église.Ce qui n´aurait rien d´anormal en soit !  Mais s´il ne cherchait  que le salut de son âme par la prière ne s´était-il pas retiré au bon endroit ?! Etudions les personnages :
*lecture recommandée



L´éducation du futur grand monarque fut minutieusement  suivie par son grand-père, l´empereur. Chaque jour un compte rendu par sa fille, Marguerite sur les progrès réalisés par son neveu Charles, arrivait aux mains de Maximilien. Ces lettres nous sont parvenues.

Charles Quint hérita les couronnes des royaumes de Castille ,Léon,  Grenade ,Aragon avec les deux Siciles, puis l´Autriche, la Bourgogne, Flandres ,Tyrol, Bramante , les terres d´outremer comme les Indes occidentales, auxquelles il ne faut pas l´oublier la couronne du royaume de Jérusalem héritée de Frédérique II.

A tout cela son fils Philippe II ajouta le Portugal et les Philippines. Il fut aussi roi d´Angleterre par son mariage avec sa tante Marie Tudor, cousine de son père.

Charles emporta avec lui la Toison d´Or, dont le Grand Maître restera jusqu´aux Bourbon le roi d´Espagne.

Cette Toison d´Or selon la mythologie grecques était CHYSOMALLOS, le Bélier ailé au lainage d´Or chargé par Hermès de sauver des eaux deux enfants, nés d´une nuée Néphélé et d´un fils du vent, Eole . Hélas l´un des deux petits périra.

 

 

 

La Toison d´OR  ou un voyage en ARCADIE.


En 1516, elle passe à la maison d’Espagne, par le mariage de Jeanne la Folle avec l’archiduc Philippe le Bel. Charles Quint se réserva cependant le titre honorifique de Duc de Bourgogne, comme chef de cette maison, afin de pouvoir conserver la maîtrise de l’ordre. Il la  légua avec le trône d’Espagne à son fils Philippe II, après avoir cédé ses états d’Autriche dès 1521 à son frère Ferdinand. 

En 1700, à la mort de Charles II, dernier Habsbourg d’Espagne, les Bourbons accédèrent au trône espagnol en la personne de Philippe V, Duc d'Anjou et petit-fils de Louis XIV. Celui-ci conserva la Toison d'or. Il prétendit même porter le titre de Duc de Bourgogne et obtenir ainsi la suzeraineté de l'ordre ducal. Charles VI, empereur germanique, s'y opposa. Il tenta de s'assurer l'héritage des Habsbourg de Madrid et de reconstituer l'héritage de Charles Quint, à la faveur de la guerre de la Succession d'Espagne.. Ainsi naquit la division de l’ordre. Depuis, l'ordre de la Toison d'or est à la fois autrichien et espagnol.

La Toison d'or autrichienne a conservé le caractère religieux et aristocratique que lui avait donné Philippe le Bon. Elle respecte toujours les statuts de l'ordre du  XVème siècle. Son rituel d’admission demeure l'adoubement par l’épée et le serment solennel en français qui est resté sa langue officielle. Elle possède de plus des archives et d'anciens insignes, parmi lesquels la Croix du serment provenant de Philippe le Bon. Cette croix porte une rose en son centre. L'archiduc Otto de Habsbourg en est le souverain depuis 1930. 

 
Cette Toison ,claire référence à Jason et aux Argonautes , porte les inscriptions suivantes :
au recto, Pretium Laborum Non Vile (le prix de mon labeur n’est pas indigne), et  au verso Non Aliud (traduction de la devise de Philippe le Bon ,duc de Bourgogne et créateur de l´Ordre, Autre n’auray, qui eut comme prétexte son vœu de fidélité envers Isabelle de Portugal, sa nouvelle épouse, jurement qu´il ne tiendra pas )

 
Nous avons aussi la Croix de Bourgogne,
la croix écotée : deux sarments de vigne croisés en diagonale  en forme de croix de saint André , le premier apôtre sous l’invocation duquel est placé l´Ordre de la Toison d´Or.
Lorsque Charles le Téméraire trouve la mort devant Nancy en 1477, la croix de saint André devient " le signe de ralliement de ceux qui demeurèrent fidèles à l’orpheline ", sa fille Marie de Bourgogne.

Son mariage avec l’empereur Maximilien fait passer la croix dans le domaine des Habsbourg. Ce symbole est un rappel à l’héritage bourguignon .

N´oublions pas que c´est en ce duché que naquit la légende du
Graal  et que la Gothie  ou  Septimanie fut un jour bourguignonne sous le nom de  royaume de Bourgogne Cisjurane à partir de Boson, roi de Vienne,  qui en 870, devient l'exécuteur testamentaire du duc Girart de Roussillon, en compagnie du marquis Bernard de Gothie et du comte Eudes d'Orléans




Charles Quint par  Jacob Seisenegger à Vienne
Toison d´Or sans le collier de briquets



Croix du Serment de Philippe le Bon
Portrait de Van der Weyden



Croix de Bourgogne.

 

Jeanne I comtesse de Provence portant le blason de Sion

 


Quelque dessins bien parlants

 

« Les princes de la maison d’Austriche, empereurs et monarques, ont fait tant d’honneur à la maison de Bourgougne qu’ils ont pris et retenu son ordre de la Toison d’Or, ses livrées et ses estendarts, qui se voyent aujourd’hui arborez par eux sur tout le rond de la terre ». Jean Girardot de Nozeroy, historien comtois.

 

 La « Joyeuse Entrée » à Bruges :
Quand Charles ne comptait que 15 ans , étant déjà conte de Flandres, il fut nommé par l´empereur Maximilien gouverneur des Pays–Bas .
Remy du Puys plasma l´entrée à Bruges du nouveau Duc de Bourgogne, mais il présente cette ville comme la nouvelle Sion , c´est à dire Jérusalem .
Puisque trois anges lui présentent la couronne, les clefs  de la ville ,comme celles de saint Pierre au nombre de deux et le blason de Jérusalem ! Sur une autre miniature du même artiste et sur le même thème on peut voir Charles assit sur un trône d´or à quatre piliers, celui du grand Salomon, entouré de ses conseillers .

 

 

Enluminure de Remy du Puys dont la légende est :
 « Que en el día de Dios envía al hijo de David para reinar sobre su pueblo »
  « Du jour où le Seigneur envoie le fils de  David  régner sur son peuple »


Charles Quint a 15 ans et porte déjà la Toison d´Or au cou.
Trois anges lui présentent la couronne, les clefs de saint Pierre et le blason de Jérusalem

Erasme de Rotterdam, ami et conseiller de Charles à qui il dédia son livre «  Institutio Principis christiani » où il mettait en garde le prince : s´il devenait un roi-guerrier , Dieu ne lui permettra pas  construire sa Maison, comme il advient au roi David qui dût laisser la tâche à son fils Salomon !

 

 




«La visite de la reine de Saba au roi Salomon» (1559),  par Lucas de Heere
(Gante, 1534 - París, 1584); Gante. Sint-Baafskathedraal, (Cathédrale de Gante,
Saint Bavon)

Et c´est pourquoi Philippe II, le Pacifique ,fut chargée de la construction de ce monastère-palais,  veritable nouveau Temple…de Salomon !
Philippe II est le premier roi bureaucrate de l´Histoire, il contrôlait toute l´étendue de son vaste royaume, ce royaume ou jamais le soleil ne se couchait, de son palais ,envoyant pour les actions de guerre son demi-frère, qui ignora jusqu´à la mort cet état de chose, Don Juan .

A Bruxelles lors des esquisses de Charles Quint, François Richardot, évêque d´Arras compara David à Charles et Philippe à Salomon, animant celui-ci à reconstruire le véritable Temple de Dieu qu´est l´Eglise.

En 1554 le cardinal Reginald Poole de Londres ,pour le mariage de Philippe avec Marie Tudor insista aussi sur la comparaison avec le monarque biblique.

En 1559 lors du XXIII º chapitre de l´Ordre de la Toison d´Or célébré à Gant ,Lucas van Heere le peignit comme Salomon recevant la visite de la reine de Saba   accompagné de ce texte :

 

 


Le Roi Salomon –avec les traits de Felipe II- reçoit la Reine de Saba

Comparez avec le portrait du prince :

 «le prince Felipe de España» (c.1550),  par Antonio Moro
(Utrecht, 1519 - Amberes, 1570); Bilbao. Museo de Bellas Artes

« Comme l´autre Salomon, Philippe le plus pieux de tous les souverains, prouva son impressionnante sagesse aussi bien ici qu´à l´étranger »

Cette même année le monarque contracta l´architecte  Jean Baptiste de Tolède. Alors commença la recherche du lieu pour son œuvre où il placera la première pierre trois ans plus tard.

 

 

Dès son plus jeune âge Philippe collectionna des livres sur le Temple de Salomon, des tableaux sur la Reine de Saba et le monarque d´Israël  , l´un d´eux fut mis devant son lit. Devinez comment il nomma son fiel chien ? Et oui ! Salomon ! Quelle obsesSION !

 

Et finalement il fit peindre à Pellegrino Tibaldi , pour sa monumentale bibliothèque un « Roi Salomon Interrogé par la Reine de Saba »
(I Roi 10) Où on peut lire sur la nappe en caractères hébraïques « tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids.» ( Sg 11 :20 )

 




Pellegrino Tibaldi

 

L´Œuvre , le Monastère-Palais ou Templum Salomonis

 

Fidel à la parole donnée à son père, et voulant, dit-on commémorer la victoire de l´unique  bataille  que  livrera ce Pacifique , celle de Saint Quintin, en 1557 Philippe II  dédia son monastère au saint du jour, c´est à dire saint Laurent, fêté le 10 août  La forme donnée par

 

l´architecte serait celle d´un grill, instrument du martyr de ce porteur du Graal. Saint Laurent, (210-258 ) qui comme diacre du pape Sixte II, avait la garde du trésor de l'église ,aurait fait envoyer  le Graal dans son village natal, Huesca, ancienne Osca . Donc ce n´est pas par hasard qu´il choisit ce saint comme patron  de l´Escorial.

Luciano Rubio  et Zarco Cuevas soulignent que la victoire espagnole n´eut lieu que deux semaines plus tard ! le 10 août le roi se trouvait  encore en chemin vers Saint Quintin. Ce qui confirmerait que le choix de ce martyre n´est pas dû à l´hasard d´une victoire, ni à son grill . En effet saint Laurent serait mort décapité , puisque la décapitation était très en usage à l´époque et ce n´est qu´avec saint Ambroise et le poète  Prudencio, que serait née la légende du grill .





Drapeau de Osca (Huesca) ville natale de saint Laurent
avec la croix de Bourgogne ou croix écotée :
deux sarments de vigne croisés en diagonale  en forme de croix de saint André, référence au Graal ?

 

 

 



San Lorenzo de l´ Escorial est à la fois un temple, un panthéon, un centre d'études et un refuge propice à la méditation .
L'entrée  principale donne tout d'abord à la cour des rois qui a pour nom ,l´ "Antichambre de l'éternité"  avec au fond la façade de la basilique. Sur laquelle on peut admirer des statues des Rois de Judée

 



Mais est-ce bien une forme de grill qu´on a voulu lui donner ?

Tout à l´Escorial est étudié jusqu´au moindre détail, par exemple  pour ne pas « perturber » les forces du lieu choisi, qui s´avère être un des points  telluriques plus fort du monde, la pierre n´ est  pas taillée sur place.( plus fort que celui de Compostelle). Mais ceci fut déjà employé par Salomon :

Iº ROIS- 6 ;7 : « Lorsqu'on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer, ne furent entendus dans la maison pendant qu'on la construisait. »

 

Crucifix  avec le blason de Jérusalem, même blason sur une stèle mortuaire

Sa forme aussi fut sujet à étude minutieuse  :  ainsi le premier projet celui de Juan Bautista de Tolède divisait  tous les cloîtres en quatre. A la mort de Tolède ce plan fut modifié par le second architecte Juan de Herrera afin de mieux s´adapter aux nécessités des moines.

(
J.B.Toledo travailla sous les ordres de Miguel-Ange à la construction de la basilique Saint Pierre de Rome.)

Donc en principe nous devrions avoir quatre cours divisées par une croix  ce qui rappelle le blason de Jérusalem . croix potencée, cantonnée de quatre croisettes  égales.

 

17º …église ou Synagogue ? Un Lieu Terrible !

 

Comme la Jérusalem Céleste , l´édifice accolé au bord du mont, possède 12 portes, 3 à chaque côté et laisse une grande esplanade publique au Nord . Le père Sigüenza s´attribue l´idée de la fontaine du Patio des Evangélistes qui coule comme les 4 rivières du Paradis Terrestre. Comme celle de l´ Alhambra de Grenade, palais arabe construit par un juif, pour cela la fontaine est soutenue par 12 lions qui représentent les 12 tribus d´Israël et le patio a la forme de cloître typique de l´architecture chrétienne, le tout ornementé à la façon musulmane, pour symboliser l´harmonie possible des trois grandes religions.

Ainsi l´union entre Paradis Terrestre et Céleste , Haut et Bas symbolisés par un sceau de Salomon renvoie au Temple de Jérusalem, qui abrita l´Arche d´Alliance qui communiquait le très Haut avec les hommes, mais aussi au BETHEL sur lequel Jacob vit son Escalier , Abraham l´ange qui sauva Isaac du sacrifice, quant à Mahomet, il monta au ciel sur Burra , son âne , … et tout ceci se trouve sous la Mosquée d´Omar appelée La ROCHE, c´est à dire sur l´ancien emplacement du Temple de Salomon.

Faut-il s´étonner si l´Escorial présente une inclinaison  Est-Ouest  de 16º avec une erreur calculée de nos jours d´1º de moins , donc
17 º ! qui fait que le Monastère s´oriente littéralement vers Jérusalem ( en passant pas Catane-voir la suite )  Les tombeaux dessinés à l´époque pour les deux monarques suivaient le même angle d´inclinaison, mais jamais ils ne les occupèrent.

Ce qui renvoie au prophète Daniel :

6.10 (6+10=16 )Lorsque Daniel sut que le décret était écrit, il se retira dans sa maison, où les fenêtres de la chambre supérieure étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem; et trois fois le jour il se mettait à genoux, il priait, et il louait son Dieu, comme il le faisait auparavant.

6.11 ( 6+11=17 )Alors ces hommes entrèrent tumultueusement, et ils trouvèrent Daniel qui priait et invoquait son Dieu.

Le Talmud précise aussi ce besoin de se tourner vers Jérusalem pour la prière de l´«Amidah». Pour cela les Synagogues éparpillées sur le globe respectent cette orientation.

Faut-il croire que Philippe II se fit construire une synagogue  sur un Lieu Terrible qui unit Haut et Bas ? Le Temple de Salomon ne fut-il pas la première synagogue ? Le projet initial de J B Tolèdo , pour la basilique c´est perdu, mais en étudiant les critiques faites par Francesco Paccioto à ce sujet , adressées au roi,  Javier Ortega Vidal, lui-même architecte  dessina ce qui aurait pu être le premier plan de ce temple et il ressemble étrangement à celui de la
synagogue de Tomar au Portugal, c´est à dire avec 4 piliers centraux .



Tout ceci confirmerait que Philippe, Roi de Jérusalem construit bien le nouveau Temple de Salomon Et pour cela il remplace la capitale Valladolid, par une nouvelle, une petite ville marécageuse mais pourvue d´un château : Madrid ! 

 

Madrid , citée de David

Certains disent que la ville pourrait s’être appelé originalement « Ursa » (ours en latin), à cause du grand nombre d’ours de la région,  qui avec l’arbre de l’arbousier, sont le symbole de la ville depuis les temps médiévaux. Mais le nom de « Ursa » a été associé par d’autres auteurs comme Juan López de Hoyos (illustre éducateur de Cervantès), dans sa déclaration des « Armes de Madrid » de 1548, à la constellation de l’Ourse Mineure ou  « Char », tel comme nous pouvons le voir, symboliquement, dans le drapeau de Madrid et dans son blason : sept étoiles à cinq branches, sur un fond rouge, divisées en deux blocs horizontaux de quatre et trois respectivement. D’autres auteurs ont associé ces sept étoiles aux sept collines sur lesquelles est située la ville de Madrid, comme celle de Rome.
 
Cette citadelle fut baptisée du nom de Mayrit,  (arabe : مجريط, Magerit en espagnol) dont la signification n'est pas claire, mais qui semble être l'hybride de deux toponymes : le mozarabe matrice qui a la signification de « source », et l'arabe mayrà (« chenal » ou « lit de rivière »). Chacun refléterait la notion de l'abondance de ruisseaux et de nappes phréatiques de la région.


« Madrie-Madrid, une bien étrange correspondance entre le pays Normand et la capitale Espagnol, étape fréquente d’Arsène Lupin dans l’Aiguille Creuse, La dent du tigre ou la Comtesse de Cagliostro» Comme fit remarqué Thierry Garnier  dans  son livre « Mémoires des deux cités – Tome 2 : Gaillon mystique Ou le fabuleux carnet de voyage hermétique d'Arsène Lupin, de Gaillon à Rennes-le-Château. 

La Puerta del Sol ou Porte du Soleil est la place royale pour la nouvelle capitale espagnole Philippe II en confie le projet à Juan de Herrera mais c’est Juan Gomez de Mora, architecte de Philippe III, qui modèle entre 1617 et 1620 la place monumentale à la gloire du roi d’Espagne. Sur son sol, le point zéro de l’Espagne est gravé face à la Casa de Corréos, Maison de la Poste.




JUAN BAUTISTA VILLALPANDO  1552-1608  IERUSALEM
Temple en forme de grill , alors que le palais de David est rond

 

 

 

 

SUITE : Le Fauteuil de Philippe II ou locus sacer ; Philippe, le mécène ;
Le collectionneur de reliques
Les Légendes