Le Coin de l´Enigme : 
Les multiples  lectures du Jardin des Délices de J.Bosch

 
Le Marchand Ambulant, Le Voyageur, ou Le Fils prodigue, de H.Bosch
Le Fou du Tarot, l´Initié. Ou  homo viator, homme cheminant sur le sentier de la vie.



« la différence entre les œuvres de ce peintre et celles des autres consiste en ce que les autres cherchent à peindre les hommes tels qu'ils apparaissent vus du dehors, tandis que lui a les peindre tels qu'ils sont dedans, à l'intérieur… (...) Les tableaux du Bosch ne sont pas absurdes,
mais plutôt des livres d'une grande prudence et artifice, et si absurdes sont les nôtres, les siens ne le sont point, et,

pour le dire une bonne fois pour toute, il s´agit d´une satire peinte des péchés et de la folie des hommes "

 Père
José de Sigüenza (1605), historien, poète et théologien espagnol,
 prieur de l´ Ordre des Ermites de Saint-Jérôme ou Ordre des
Hiéronymites du monastère du Parral ( Ségovie),
 puis conseillé et bibliothécaire
de Philippe II à l´ Escorial.
C´est à lui que l´on doit le programme iconographique qui décore
la bibliothèque royale du palais-monastère qui représente :
 la philosophie, la théologie et les sept arts libéraux.


http://www.museodelprado.es/uploads/tx_gbobras/P02823.jpg
Cliquez sur l´image pour une haut définition et pour voir le détail morcelé, ici.

  1 - Lecture conventionnelle
Triptyque fermé


 

Commençons par le triptyque fermé. On a un PHI majuscule dessiné la jointure des battants et la sphère.

Φ
La vingt-et-unième lettre de l´alphabet grec, le XXI du Tarot correspond au Monde.
On désigne par elle le nombre d´or : 1, 618…le numéro de la perfection.
En physique, phi est souvent utilisé pour noter les flux, comme le flux thermique ou le flux magnétique.
Pour  calculer l´humidité relative de l’air ou degré d’hygrométrie, correspond au rapport de la pression partielle de vapeur d’eau contenue dans l’air.
Elle est souvent utilisée comme abréviation pour physique, philosophie
 
 On peut lire sur les deux volets fermés :
Le gauche porte l´ inscription : 
Ipse dixit et facta sunt, et le t droit : Ipse mandavit et creata sunt.
Ce qui se traduit littéralement par :  « 
Lui parle, ceci est. Lui commande, ceci existe ».
Ce qui rapporte au Verbe, celui du Dieu de la première Genèse en contraste avec la seconde création quand l´Eternel-Dieu fait ;
 forme l´homme « 
pour cultiver le sol » Gen 2-5 ; plante un jardin… bref un Dieu plus actif, plus manuel.
 
Les tons noirs et gris d´un monde sans luminaires encore, donc sans couleur, rapportent au troisième jour de la Genèse.
Le chiffre trois était alors considéré comme complet, parfait enfermant Début et Fin. Symbole de la divinité ( triade) une fois fermé le triptyque devient Un.
Un Cercle, perfection absolue, soulignée par le Phy.
Cette semi- obscurité contraste avec les vives couleurs de deux des tableaux intérieurs.

On y voit Dieu avec triade, Bible en main, regardant la fragile terre où les nuages se formant rendent visibles la terre et l´herbe qui y pousse.
C´est le troisième jour de la Création selon la première Genèse.
Avant qu´Il dise… Gen 1-14 :
« Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit;
que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années…
 »
Epoques ou âges de l´humanité, jours et années, ceci veut dire que tout ce qui est sur terre est périssable soumis au temps qui passe.
 
On parle aussi, pour cette frase en latin des volets fermés, des Psaumes.
  Psaumes 33.14- : « 
Du lieu de sa demeure il observe Tous les habitants de la terre »
Effectivement Dieu avec triade et livre ouvert observe la terre enfermée dans un globe qui rappelle une bulle savonneuse.
Si le livre est la Bible chrétienne, il finit avec l´Apocalypse.


 Revenons aux Psaumes : 33 - 1 à 9 :

 « 
Justes, réjouissez-vous en l'Éternel ! La louange sied aux hommes droits.

Célébrez l'Éternel avec la harpe, Célébrez-le sur le luth à dix cordes.

Chantez-lui un cantique nouveau ! Faites retentir vos instruments et vos voix !

Car la parole de l'Éternel est droite, Et toutes ses oeuvres s'accomplissent avec fidélité;

Il aime la justice et la droiture; La bonté de l'Éternel remplit la terre.

Les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche.

Il amoncelle en un tas les eaux de la mer, Il met dans des réservoirs les abîmes.

Que toute la terre craigne l'Éternel ! Que tous les habitants du monde tremblent devant lui !

Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »

La première partie de cette citation rappelle le troisième volet du triptyque ouvert que l´on nomme Enfer Musical. Bizarre contradiction !
Malgré donc les louanges musicales de l´homme envers Dieu, il subira les Enfers.

La partie centrale fait-elle, alors, allusion au Paradis post mortem, post Apocalypses ?
On verra ceci plus tard, car c´est le quid de la question de cette œuvre picturale.

Comme le tableau est en « noir et blanc » certains y voient un arc en ciel ce qui rapporterait à l´Alliance faite à Noé.
Le centre est masqué et Noé aurait eu là son Arche, avant la seconde descente des eaux et la novelle Alliance.

Pourtant le triptyque une fois ouvert commence par la création d´Eve

 


Partie Gauche : Le Paradis

      

En comparant les retables du Bosch qui font allusion à la Création de l´Homme ou tout du moins au Paradis,

 comme Le Chariot de Foin ( au Prado et à l´Escorial ), le Jardin des Délices ( Prado ) et le Jugement Dernier ( Vienne ),
nous constaterons qu´ici Dieu ne trône point avec sa nuée peu tranquillisante, Dieu le Fils au Haut alors que Dieu le Père est avec Adam encore endormi sur le premier,

 et l´inverse sur le troisième. Comme inversées sont les trois étapes de ce séjour paradisiaque : Création d´Eve, Désobéissance puis Expulsion.
Il y a très peu d´animaux visibles, ceux-ci ne sont guère « exotiques »
On ne distingue que l´arbre « de la Connaissance du Bien et du Mal » pas celui de la Vie.

Sur le Jardin des Délices, la cène principale se déroule sous ce dernier arbre ;
 alors que celui au fruit défendu, origine de l´expulsion biblique, pousse sur une roche anthropomorphe,
un «  Dali » de la Renaissance. Sur son tronc le serpent guette.

  
Arbre de Vie et celui de la science du Bien et du Mal du panneau gauche

Sur la youca de vie, avec ses fleurs blanches, arbre très résistant s´enroule le même fruit que l´on voit sur le palmier : une espèce de raisin.
Adam est réveillé Jésus, en nous regardant lui présente la femme pudique aux yeux baissés.
Contrairement à la tradition de la Genèse, les animaux se mangent entre eux.
Dans le bassin central une chouette sort sa tête de la fontaine de Jouvence, elle est alignée avec celle du Christ.
 Cette animal symbolisait la malice à cette époque…les mauvaises augures et la mort.
Il y a trois petits lapins, comme dans la comptine infantile, symbole lunaire de Trinité. Lapin que l´on retrouvera aux Enfers.

Dieu toujours en habit rouge de dualité.
Cette dualité est partout sur ce tableau : Homme- Femme, en haut oiseaux blancs et noirs

Animaux paisibles  africains mélangés à une licorne blanche.
Par contre au bas sortant du lac noir ils sont moins rassurants et nous retrouvons une licorne noire, un capricorne.

Les animaux rampant et aquatiques sont symboles du féminin, puisque des 4 éléments : Eau, Terre, Feu et Air ;
les deux premiers sont considérés comme éléments passifs et féconds ;
les deux derniers appartiennent au monde masculin ou élément actif.

 

Le Mal est présent au Paradis, pour Bosch il est dissimulé par les eaux noires, la roche anthropomorphe et son serpent,
la forme phallique de la Fontaine de Vie.
Même ambivalence que l´on a souligné sur l´étude du triptyque fermé.

Côté chromatique le Bleu ( lien entre Haut et Bas ) et le Vert ( Humains ) sont dominants,

 tâchés par le Rouge ( Dualité ) et le Blanc ( Pureté ou Germe poussant du Haut au Bas ) des corps nus.


Pour une bonne lecture nous devrions passer au panneaux central qui tiendrait la clef, pourtant celle-ci est présente sur la partie droite nommé Enfer Musical.


Partie Droite : L´Enfer Musical


Isaïe : 33.14 - « Les pécheurs sont effrayés dans Sion, Un tremblement saisit les impies: Qui de nous pourra rester auprès d'un feu dévorant?
Qui de nous pourra rester auprès de flammes éternelles? 
»


    

Procédons par comparaisons :  Le Jugement Dernier, Le Jardin des Délices, la Charrette de Foin

Le feu est présent sur les trois tableaux toujours sur la partie haute. Les humains y sont torturés et même noyés : Eau et Feu, éléments féminins et masculin.


Remarquons que sur son Jugement dernier, même la partie centrale est aussi un Enfer et personne n´est pardonné après l´expulsion du Paradis.
On y retrouve Eve, le Serpent et le Dragon de l´Apocalypse.

File:Hieronymus Bosch, The Last Judgment.JPG 

 Le Chariot de foin représente les plaisirs de la vie partant du diction : « La vie est comme un chariot de foin, chacun en prend ce qu'il peut »
Plusieurs expressions flamandes associent le foin à la vanité des biens terrestres : « 
Tout est foin »,

proclame par exemple une gravure moralisante de Bartholomäus de Momper datant de 1559.
Les riches n´ont aucun problème pour accéder aux plaisirs de ce monde, les pauvres tuent pour les obtenir. Plaisir ou pécher pour Dieu.
Sur le foin le troubadour et sa dame sont accompagnés d´un ange suppliant le Haut et d´un démon au nez de flûte et à queue de paon, symbole, ici, d´orgueil.
  Aux Enfers on ne distingue plus le riche du pauvre, ils sont tous identiques puisque nus. Pas sur le Jardin des Délices.


Jérôme Bosch est toujours moralisant dans ses peintures.

Revenons au Jardin côté Enfer.

Après les eaux féminines et le feu masculin, nous avons un énorme couteau soutenu par deux grandes oreilles, symbole phallique
 qui fait face menaçant à une cornemuse, symbolisant le vagin.

Ce dernier instrument se trouve sur le chapeau du monstre central, qui regarde vers son train arrière.
Corps creux en forme d´œuf couvant une taverne, source de perditions de toutes sortes.
Ses membres sont en bois et reposent sur des barques d´un lac gelé sur lequel patine un homme,

 tandis qu´un autre est avalé par les eaux noires après le craquellement de la glace.

Le Moyen Âge associait le froid et le chaud à l´Enfer.

Au même niveau que le monstre nous avons la clef de laquelle pend un humain.
 Tandis qu´une cloche en avale un autre. Le tout entourant une tête squelettique d´animal.
 Le nom des Sept Péchés Capitaux, provient de Caput, Tête.


De l´autre côté de cet homme arbre, nous avons l´enfer militaire c´est à dire noble où des chiens de chasse dévorent un soldat.
Là nous retrouvons le couteau, la cruche et la lanterne éteinte.  Soit bien manger, bien boire et cervelle vide ou meurtre, ivrognerie sans réflexion ou acédie.
Vaine gloire, enflure de l'ego, gourmandise.


L´ oeuf corporel rapporte à un autre œuf mis sur le dos d´un humain qui sodomise à l´aide d´un bâton un autre, lui sans yeux fait tourner la manivelle d´un luth.
Un est crucifié aux cordes d´une harpe et un autre est attaché à une cithare. Le serpent est présent dans les deux cas. Il s´agit de l´enfer des musiciens.

Plus bas celui des ludopathes , joueurs de cartes, dés, backgammon etc. … alors qu´une femme tient une autre cruche.
Ici l´on a l´ acédie  ou paresse spirituelle, la luxure et la gourmandise, trois autres des Sept… mais n´y-a-t- il que ça ?

Les trois Crucifiés ou la Nouvelle Eve, le Nouvel Adam et un certain Pie, antéchrist
( Lecture non conventionnelle)


 

 
Est-ce par hasard que l´on a deux crucifiés, l´un regardant le Haut, l´autre le Bas ; puis un troisième, main percée, lance sur le côté droit, pieds joints, air impassible.
Il est cloué sur une table de bois sur laquelle le quatre est barré…nos 4 évangiles ? nos 4 saisons ? 

A comparer l´aptitude des trois crucifiés avec celle de ce Memling

http://www.wga.hu/art/m/memling/6copies/08notri1.jpg

Ce dernier est accompagné d´une Eve, par la ressemblance avec celle du premier retable, tenant un récipient et une chandelle allumée.

Derrière on retrouve le cœur percé, symbole de la Passion christique et nom mariale à sept couteaux.

Puis la carte la plus proche de cet homme presque en croix est l´As de Cœur ! carte
symbolisant le foyer, la famille, la vie privée.
Il n´y a que des cœurs et des trèfles. Ce dernier terme peut être un dérivé de l´ allemand
Treff, de l´italien fiore  « fleur », mais aussi de « croix » en allemand Kreuz.
Ceci rapporte sûrement à Joachim de Flore ( Fiore en italien) que l´on retrouvera plus loin et dont les visions éclairent bien ce triptyque.

Au sol un récipient pareil à celui tenu par Eve montre son contenu : une grappe de raisin, symbole christique de son sang,
mais il rappelle aussi le Fruit Défendu du premier retable, transformant ainsi le crucifié en Nouvel Adam.
 
La nouvelle Eve,
"hawwâh", « vivante », source de vie et de lumière ( enfanter, donner la lumière ou chandeleur ) coiffe un dé au numéro 11, la FORCE du Tarot.

Sur le dos du bourreau la Main de Justice également transpercée, avec un dé marquant le 9, l´Hermite tarotique.
Les dés rappellent la scène biblique des soldats se partageant les vêtement de Jésus.
Dommage que l´on ne puisse lire essaiment les trois dès sur le backgammon et donc le message numérique laissé par l´artiste.
Mais ce sont bien trois soldats qui tiennent cette table de jeu.

La nouvelle Eve et le nouvel Adam. Avons nous soulevé un lièvre ? Animal que accompagne cette scène.
 « …le lièvre est lié au sacrifice, à la mort et à la résurrection, de même que son cousin le lapin, habitant de nos cimetières
 et manifestation de la lune qui féconde la Déesse-Terre dans laquelle nous retournons lorsque nous nous éteignons. »…
 « En temps qu’image liée à la Déesse le lièvre a longtemps symbolisé le paganisme dans la chrétienté.
 Sa capture par un chasseur était autrefois une métaphore du paganisme vaincu.
Mais parce qu’il est lunaire et donc de nature changeante et ambivalente, il représente aussi le Fils divin sacrifié et ressuscité, le Christ »
 
Lire la page de Catherine Pierdat.

Ici le côté paganisme semble triomphant, puisque c´est lui qui chasse l´homme alors que ses deux chiens dévorent leur proie humaine.
 Mais ce lapin porte un habit de moine, une bande qui semble un chemin le relie au monstre assis sur un trône-W-C
Ce monstre à tête d´oiseau  dévore un homme duquel fuient des hirondelles.

 On pensait que celui qui tuait une hirondelle deviendrait victime d'un malheur.
Les hirondelles arrivent pour le jour de l'Annonciation (25 mars), et quittent le pays le 8 septembre, jour de la nativité de la Vierge
Oui l´hirondelle fait le printemps, mais ici c´est l´hiver éternel, sans fin... elles fuient.
Cet oiseau pensait-on soignait les YEUX GATES, il existe plusieurs théories à ce sujet.

Il faudrait ici peut-être rappeler la légende de l´Attique :
Pandion sollicita l'alliance d'un roi de Thrace, Térée, qui était fils d'Arès, et, pour sceller l'alliance, lui donna en mariage sa fille aînée, Procné.
Bientôt celle-ci eut de son mari un fils, nommé Itys. Mais Procné s'ennuyait, en Thrace, loin d'Athènes, et elle voulut faire venir auprès d'elle sa sœur Philomèle.
 Térée y consentit et partit chercher la jeune fille. Mais, pendant le voyage, il la désira et lui fit violence.

Puis, pour l'empêcher de se plaindre à sa sœur, il lui coupa la langue afin d´obtenir son silence.
Nous savons bien qu´un artiste s´expresse sans mot, donc à l´aide d´une tapisserie elle dévoila tout à Procné qui décida de la venger.
 Pour cela, elle tua Itys, son propre fils, le fit bouillir, et donna cette chair à manger à Térée. Après quoi, les sœurs s'enfuirent.
Lorsqu'il sut ce qu'avait fait sa femme. Térée saisit une hache et se lança à leur poursuite. Il les rejoignit à Daulis, en Phocide.
Mais Philomèle et Procné, en le voyant arriver, implorèrent les dieux, qui eurent pitié d'elles et les transformèrent en oiseaux.
 Procné devint un rossignol et Philomèle une hirondelle. Térée fut lui aussi métamorphosé et devint une huppe.
Huppe que l´on retrouve sur le tableau central avec le rossignol alors que les hirondelles volent haut dans les cieux, annonçant le beau temps.

Revenons à l´Oiseau assis sur son trône- chiotte.
Sur sa tête un chaudron, dont les pieds rappellent trois cornes, l´animal chausse des potiches, symboles de gourmandise et de colère pour Bosch.
 comme il le souligne sur
Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines.

Il chie des bulles dans un noir trou où un autre défèque des monnaies en or et un autre simplement vomit soutenu par une nonne infirmière au visage verdâtre.
On dirait un sablier humain : le temps est bien synonyme de mort.

Bulles pontificales, papales ou apostoliques ?
…document relève habituellement du gouvernement pastoral de l'Église, et présente un intérêt pour l’ensemble des fidèles ou peut s'adresser aux païens…
Et cet oiseau monstrueux tient bien un document qui mène jusqu´au lapin-moine.
Quel pourrait-être ce pape antéchrist, mis devant lui dont le nom rappellerait un oiseau…Pie ?
 De Pius traduit par pieux, qui se prononce comme pieu !
La sonorité du nom rappelle le chant des oiseaux.

Ce retable est daté de 1503- 1504. En 1503 nous avons sur le Trône de Rome à Pie III.
  Ce neveu de Pie II fut mis là par acclamation, afin d´éviter des disputes entre le cardinal GEORGES D'AMBOISE et le cardinal Julien della Rovere, le futur Jules II.
Il ne trôna qu´un mois bien entendu, car déjà faible et très malade, on le transporta en litière dans la Basilique Saint-Pierre
 et c'est allongé qu'il reçut l'hommage des cardinaux... C´est bien une litière qui est protégée par sa cape rouge, et assisté par des nonnes infirmières de l´époque.
Ce papier blanc le liant au lapin peut aussi représenter sa robe papale.

On retrouve la lune sur une des coiffes des religieuses à voiles cornus

Si on a des nonnes derrière l´oiseau dévoreur on a les apôtres derrière la table du Crucifié.
Il y en a plus de 12, Bosch inclut saint Paul une bande sur les yeux et une épée, non à la main, mais sur le coup, il fut bien décapité.
Jean est celui qui cachant son visage nous regarde, juste à côté d´Eve- Marie Madeleine
Judas est celui au couteau dans le dos, remplacé par Mathias et Pierre, celui qui lève les mains au ciel, le soit disant premier pape,
 bien que l´église soit pauline en son enseignement…
Remarquons que même les apôtres sont poursuivis par les démons-soldats…du Vatican ?

Nous verrons l´importance de tout ceci plus tard.
 

Puis c´est le tour de l´enfer des écrivains, notaires, prestataires, etc. où une cochonne en habit de nonne veut embrasser un homme.

Nos Sept sont là il ne manquerait que la colère, celle des inquisiteurs ou celle de la nuée divine?

 File:Hieronymus Bosch- The Seven Deadly Sins and the Four Last Things.JPG
Jérôme Bosch, Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines, au Prado de Madrid
On y lit une citation en latin extraite du Deutéronome 32:28-29 : « Car c'est une nation dépourvue de jugement, et il n'y a en eux aucune intelligence. » ;
 au-dessous, et « Oh ! s'ils étaient sages! Ils considéreraient ceci, ils réfléchiraient à ce qui leur arrivera à la fin.»
Au centre Cave Cave Deus Videt soit :Attention, Attention, Dieu vous voit.
Ici la Grâce, le Paradis Céleste  est représentée, au bas à droite.
Il est vrai que depuis 1560, Felipe de Guevara attribue ce tableau à un « disciple » très doué et non au maître J.Bosch, cet élève imitait disait-il même sa signature.
On retrouve des cruches sur la Gourmandise et la Colère.



Jusqu´à là pas trop de surprises, si on fait la lecture conventionnelle, mais sitôt que l´on regarde de plus près…on a du mal à comprendre.
Le problème en général vient de l´interprétation du panneau central, celui qui donna son nom à cette œuvre de Jérôme Bosch

Partie Centrale : Le Jardin des Délices



Conventionnellement cette table est interprétée comme suit : folie, luxure, gourmandise, paresse,…
mais point d´avarice, d´envie et de Colère.
Ce qui mènerait à la perte de Grâce aux yeux de Dieu,
malgré l´absence des trois autres péchés.
Donc on est loin d´avoir là les sept péchés capitaux, pas plus que nos péchés mortels.
Véniels ? comme celui
qui, « n’étant pas, lui, contraire à la charité, ne la fait pas perdre, ni les autres vertus non plus »,
Il se peut car les personnages semblent nager dans l´ignorance et la faiblesse d´esprit, vus sur l´angle de débauche.
Les paroles oiseuses font partie de ce genre de péchés, par exemple, mais de quoi parlent ses personnages, tous jeunes et nus ? Impossible de le savoir.
 Mais par la pénitence ce type de faute peut devenir vénielle, c’est-à-dire obtenir le pardon divin. Pourtant suit l´Enfer !
Analysons de plus prés ce tableau.

Apres avoir manger le fruit Adam et Eve prennent conscience de leur nudité honteuse et la cachent avec des feuilles de figuier...pas de figues sur ce retable !


Un faux paradis où l´humanité a succombé en plein péché, nous disent les spécialistes.
Pourtant il n´y a pas de déséquilibre sociale, ni d´injustice.
Il y a des fruits pour tous quelque soit leur couleur de peaux ou sexe.

On parle aussi d´espace rendu angoissé, oppressif par la folie.
Personnellement je ne perçois pas cette table ainsi, et vous ?
Ils en arrivent même, à travers leurs yeux gâchés, d´ y voir des relations sexuelles entre animaux et entre végétaux.
Mais est-ce un péché ?
La première Genèse ne dit-elle pas ainsi :

1.11 Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence,

des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.

1.12 La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce.
Dieu vit que cela était bon.

……………

1.20 Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l'étendue du ciel.

1.21 Dieu créa les grands poissons et tous les animaux vivants qui se meuvent, et que les eaux produisirent en abondance selon leur espèce;

 il créa aussi tout oiseau ailé selon son espèce. Dieu vit que cela était bon.

1.22 Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre.

………….

1.25 Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.

1.26 Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer,
sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre.

1.27 Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme.

1.28  Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez;
 et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

1.29 Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre,
et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture.

1.30 Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie,
je donne toute herbe verte pour nourriture
. Et cela fut ainsi.

1.31 Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour.

Remarquons qu´au contraire la seconde Genèse part de la création d´Adam puis celle des végétaux, des animaux avant l´apparition du genre féminin humain.
Cette seconde genèse est celle narrée par Bosch sur sa première table. Pas tout à fait, puisque Adam est bien éveillé.
Rien ne laisse penser qu´Eve vient d´être crée.


 Après avoir lu la Création selon la Bible, qui s´adapte au panneau central, je me demande où est le péché, dans tous cela ?


Pour les dits spécialistes en art, le symbolisme des fruits :  cerises, framboises, fraises et bayes de l´arbousier sont une claire allusion aux plaisirs charnels,
car au Moyen-Âge « recueillir le fruit »  équivalait au commerce sexuel.
Mais il n´y a point d´enfant.
Au même titre le fruit est un plaisir passager, puisqu´il se pourrit très vite.
Ni fruit pourri, ni vieillard figurent sur cette peinture.
Les fruits cités sont rouges. Le Rouge équivaut au 2, la dualité, Homme-Femme qui rapporte au retable premier à la tunique christique et aux fruits des arbres.

D´autre part les structures bizarres comme de bulles de savons, des coquillages énormes ou des fruits emprisonnant des humains dans une ambiance claustrophobe, monteraient qu´ils sont attrapés par le péché ! J´avoue ne pas voir, ni ressentir cela, mais plutôt une tranquillité et une ambiance joyeuse de jeux.

Même l´eau est sale pour eux ! Nid de maux chrétiens.
Le bain également ferait allusion, pour eux à Vénus, la charnelle
et non à la naissance immaculée de cette déesse, que remplacera Marie.
Bien entendu tout le monde n´aime pas l´eau. Celle du tableau est d´un bleu éclatant. Bleu dont la valeur est 6, Haut et Bas se rejoignant.
Alors que les quatre rivières seraient un labyrinthe de volubilité. 
 Oui, le lac se divise en 4 fleuves comme il est dit de l´Eden ( seconde Création).
L´étang représente la source de jouvence ou les eaux lustrales qui lavent le péché, là ou d´autres ne voient que les eaux de l´adultère.


 On remarquera qu´hommes et femmes, sans pudeur bien que nus, sont très peut différenciés.
Et les animaux ne se mangent pas entre eux.


Les personnages tête au bas représentent le monde inversé, la lecture est peut-être à faire à l´envers.


2 - Lecture non conventionnelle
L´Homme Habillé


Cette table centrale est fidèle au premier livre de la Genèse, la première Création effectuée par, disons, les Eloïmes.
Là, l´artiste nous montre le Paradis tel qu´il aurait été sans les arbres de Vie et de Sciences, sans Eve, sans le fruit défendu, sans péché donc.
Bien différent de celui du dieu- Yahvé, reproduit sur le premier tableau ouvert de ce triptyque.

Ouvrons l´œil ! Il y a pourtant un personnage habillé, il se trouve dans un tunnel et montre de son doigt un homme à la bouche bouclée, un fruit blanc à la main.
C´est le seul personnage de ce panneau qui nous regarde, en habit couleur et texture attribués traditionnellement à Jean Baptiste,

ce qui contraste avec le tableau gardé au Lázaro Galdiano de Madrid où il est en rouge, couleur de valeur 2, indicatif de dualité.

C´est bien deux têtes qui sortent de ce souterrain pour montrer Eve et sa pomme. Eve ?
Ses seins, bien que peu définis sur les autres figures féminines, sont pratiquement inexistants; son corps semble même poilu !
Il pourrait donc s´agire aussi bien d´ADAM, à la bouche « cousue », protégé par un écu de verre à 11 ronds, la FORCE !
Sa chevelure également correspond à celle de l´Adam du premier tableau.
Protégé ou séparé des autres heureux innocents, il vit sous terre.

 
Détail du panneau central du Jardin des Délices et Méditation de Saint Jean par Boch au Musée Lázaro Galdiano ( Madrid)


 
De plus, ce tronc en forme de A majuscule en orange vif, m´a toujours frappé par sa couleur qui le détache du reste.
A d´Adam ou plutôt Adan comme on dit en castillan et en walon ?
Le D est dessiné par cette caisse orangée de laquelle on sort cet énorme poisson
Le A et le N sont donnés par les corps ( on peu aussi dessiner un M pour avoir le latin )

Bizarrement Jean Baptiste met en relief Adam et non Eve. On Verra l´importance de ce geste plus loin.

L´Âge d´Or


Depuis la Grèce antique l´Âge d´Or est celui qui suit la création de l´homme. Comme ici.
Saturne-Cronos régnait dans le ciel,  c'est un temps d'innocence, de justice, d'abondance et de bonheur ;
la Terre jouit d'un printemps perpétuel, les champs produisent seuls, les hommes vivent presque éternellement
et meurent sans souffrance, s'endormant pour toujours.

« En l’absence de tout justicier, spontanément, sans loi, la bonne foi et l’honnêteté y étaient pratiquées. (...)
La Terre elle-même, aussi, libre de toute contrainte, épargnée par la dent du hoyau, ignorant la blessure du soc, donnait sans être sollicitée tous ses fruits. »

 Il symbolise dans la mythologie, religion greco-romaine, un passé prospère et mystique.  L'absence de saisons est synonyme d' absence de fuite du temps,
pour le monde romain antique ce fut l'origine de la décadence, Tempus edax rerum ,« le temps qui dévore les choses ».
Rappelons que la première Création parle du temps qui passe et ceci choque avec cette peinture.

Pour certaines cultures l´âge d'or de l'humanité reviendra cycliquement.

Les Grecs considéraient 4 âges, 4 étapes : le premier d´or, le second d´argent, le suivant d´airain et finalement celui du fer.
Le matériel employé pour les designer annonce déjà une idée de déclin.

Avec l´ âge d´argent ou « règne de Zeus », les vicissitudes des saisons commencent à apparaître.
.
 L´âge d´airain qui commença lorsque Cronos eut quitté la terre, voit comme l'Âge de Fer, la cohabitation du Bien et du Mal, mais le Mal commence à dominer ;
 le sens de la propriété s'établit et avec lui naissent l'envie, le vol et la guerre.
L'âge d’airain est défini par le débordement des excès et des crimes sur Terre.

Pour l´ âge de fer le débordement des crimes et des excès inquiète Astrée ( étoile), déesse de la justice,
dernière des immortelles à vivre parmi les humains depuis l'Âge d'Or.
Quand l'humanité est devenue corrompue à l'Âge du fer, elle quitta la Terre et Zeus la plaça dans le Ciel sous la forme de la constellation de la Vierge, ou
Stella Maris
tandis que la Balance de la Justice, son principal attribut, devint la constellation de la
Balance.
Dans le christianisme cet objet est porté par
saint Michel au même titre que l´Epée de Justice et souvent une étoile au front.

Thème très prisé au cours des siècles, l´âge d´or devient au Moyen Âge une promesse, celle d'un futur paradisiaque et d'un monde de paix.
Est-ce le cas sur ce Jardin des Délices? Aussi appelé Peinture de l´Arbousier, Arbre à Fraises.
 Certains éléments du mythe montrent la vision qu'avaient les Romains des premiers hommes :
 des êtres nomades, sans toit, vivant de cueillette et méconnaissant l´agriculture.

 
L'âge d'or et L'Âge d' Argent selon Lucas Cranach l'Ancien.


Peinture de l´Arbousier, Arbre à Fraises

Premier appellatif de ce retable.
 L´arbousier ou Arbutus unedo, nom qui se traduit du latin ainsi: Arbuste duquel on ne mange que le fruit,
Le haut contenu alcoolique de ses bayes mûres qui souffrent une fermentation rapide, enivre vite fait.

Une légende raconte que du sang du géant Géryon, vaincu par Héraclès, naquit cet arbre qui donne ses fruits sans pépin au moment où se montrent les Pléiades.

Pour les romains il était sacré et dédié à la nymphe Cardea ou Carna, amante de Janus,( protagoniste de l´âge d´or avec Saturne) laquelle protégeait le seuil des maisons.
Elle se servait d´une baguette d'arbousier, paraît-il, pour éloigner les sorcières. A l´image de nos fées marraines
.

L´arbousier est aussi appelé l´arbre de Caïn…nom dû sûrement à l´ivresse qu´il procure à celui qui en mange en excès et les conséquences de cet état.


C'était aussi un symbole d'éternité grâce à son feuillage toujours vert et à ses fruits naissant en plein hiver.
Ces rameaux jadis furent posés sur les cercueils. Les grecs en faisaient des flûtes ( ceci rapporterait à l´Enfer Musical ).
Ainsi une branche d´arbousier coupée servait à la décoration des autels dédiés à l´Immaculé Conception. ( lire
Les Vierges à Deux Enfant de Raphaël et Vinci )

Restons dans le monde chrétien :
Lorsqu'il fut vendu par Judas et poursuivi par les soldats, Jésus fut caché par un arbousier généreux,

mais la bruyère n'hésita pas à dénoncer son voisin l'arbousier et Jésus fut capturé.
Reconnaissant, Dieu bénît l'arbre charitable en le couvrant de fruits, et bannît la bruyère qui depuis ce temps là fleurit sans jamais donner de fruits.

 

Pline l'Ancien vanta, entre autres, sa grande résistance à l'incendie.
 
 Les Espagnols l'honorent aussi puisqu'il figure en bonne place sur le blason de la ville de Madrid avec l´ours.
 Madrid, ville construite par Philippe II qui possédait le Jardin du Bosch mis dans sa chambre du palais de l´Escorial
Ce souverain demanda à la voir de près lors de son agonie finale.

Ours qui ne manquent pas dans les deux Paradis du Jardin du Bosch.


Donc résumons un peu ce symbolisme : fruit qui enivre, rapporte à l´age d´or, à la protection du mal, du feu par sa grande résistance.
Il accompagne vers l´au-delà, vers l´éternité.
Il est immaculé, pur, protecteur divin, béni.
Nous verrons l´importance de tout ceci plus loin…


   http://www.lecoindelenigme.com/bizarreries-suite-4-bis_archivos/image008.gif

Ours de Jardin des Délices nommé jadis arbousier. Ours et arbousier blason de Madrid et Bible de l´Ours ou OSSA de Casiodoro de Reina


3 - Double Lecture du Retable ou Bosch et Joachim de Flore
ou le Jardin des Délices et le Règne Millénaire


On a l´habitude de lire les triptyques du dehors au dedans et de gauche à droite.
Ainsi à la Création première suit le Paradis puis la débauche et enfin le châtiment, mais nous avons constaté, si vous avez eu la patience de me lire jusqu´ici,
 que ceci ne correspond pas trop avec le dessin central.
Cette lecture conventionnelle s´appelle le
SENTIER DE L´AVERTISSEMENT.

Lisons le à l´envers, comme le suggèrent quelques figures de ce tableau :
Ouvrons le triptyque côté Enfer qui serait l´époque contemporaine à l´artiste marquée par trois siècles d´inquisition de christianisme. 
Plus de nature visible, que des constructions qui brûlent. Alors que l´arbousier est résistant au feu, mais pas visible sur cette partie.

Puis un renouveau au centre du retable, annoncé par les prophéties de
Joachim de Flore, un état de pureté d´innocence spirituelle.
Il dessinerait un état évolutif supérieur pour l´humanité. Le Règne du Saint Esprit et le retour de Jésus-Christ.
Cette lecture se nomme
SENTIER PROPHETIQUE, puisqu´il annonce les choses qui viendront.

La partie centrale est inséparable ( par la lumière et le paysage) de celle de gauche.
Ceci peut aussi se traduire par un retour au Paradis et la communion par l´Esprit avec le Divin, sans besoin d´église romaine.

Le sens de lecture vient donné par le fait que la première Genèse soit au milieu alors que la seconde,
 plus prisée à cause de l´idée de péché par l´Eglise qui oublie volontiers son antécédente, est à notre gauche.
La coexistence des deux sur cette œuvre expliquerait pourquoi Caïn après avoir commis son crime, connut sa femme, descendante elle des premiers hommes, libres.
N´avons nous pas l´arbre de Caïn ?
L´artiste attachait autant d´importance aux deux premiers livres bibliques.
Oui mais la présence de Jean Batiste dans tout ça, me direz-vous ?

Revenons à Joachim de Flore dont la pensé créa un courrant appelé Joachimisme
Joachim de Flore visita le
Mont TABOR où il eut ses premières visions et révélations prophétiques qu´il appela Spiritualis Intelligentia,
 où il combinait savoir et raison ce qui lui valut une grande reconnaissance et considération mondiale.
Il échangea correspondance avec trois papes et Richard Cœur de Lion vient assister à ses prêches en Sicile.


Résumons la division par âges faite par ce moine apocalyptique et pourtant anticlérical :
1 - L´âge du Père va de la Création jusqu´à la naissance du Fils.
 Age dominé par la peur du châtiment c´est l´hiver, l´eau et la nuit ( étape des prophètes). Retable fermé.
C´est la Graine qui a besoin d´obscurité et d´eau pour germer.
2 - L´âge du Fils, qui commence par sa naissance, dominée par la foi, le christianisme inquisitorial, époque de Joachim (étape sacerdotale).
 Le feu et le gel : Enfer. Destruction, pourriture automnale. Cela sert d´abonnement à la Graine qui germera en hiver.
3 - L´âge de l´Esprit Saint, qui débutera avec la Parousie, dominé par la fraternité en Christ, une époque sans guerre, ni disputes ( étape monacale).
Partie Centrale et gauche : Printemps et Eté…éternels. Soleil, lumière qui aide le germe à pousser et donner ses fruits.
Nous retrouvons ainsi nos quatre saisons !

Cette nouvelle étape sera celle de l´Evangile Eternel, qui se manifestera par la substitution de la hiérarchie ecclésiastique corrompue ;
 par la Spiritualis Intelligentia ou l´Eglise de l´Esprit Intelligent.
Se basant sur l´Egalité et l´Utopie monacale, puisque de Flore était moine. Il attendait l´arrivé de l´Antéchrist durant sa vie.
D´un pape angélique qui aurait en sa seule personne le pouvoir matériel et spirituel. Après ce pontificat viendrait le
Règne Millénaire,
premier nom donné à ce Jardin des Délices, qui lui est le troisième d´adopta cette oeuvre.

 Le dernier âge lui-même a trois périodes : celle de la lettre de l'Évangile, celle de l'intelligence spirituelle, celle enfin de la pleine manifestation de Dieu.
Nos trois panneaux intérieurs de droite à gauche ! Apocalypse, renaissance et rencontre avec le Christ.

Si Joachim croit à l'avenir prochain de l'Évangile Eternel ;
il distingue trois sortes d'écritures divines :
la première était pour le premier âge du monde, c'est l'Ancien Testament ( Père );
 la seconde est encore la nôtre, c'est le Nouveau Testament ( Fils ); la troisième résulte des deux autres, elle consiste dans l'intelligence de l'Esprit.
Donc triptyque fermé, Enfer et nos deux Paradis en UN. C´est le livre tenu par le Père à triade.

Les joachimites avaient la ferme conviction de posséder l´appel personnel à la mission prophétique.
Joachim de Flore se sentait à la fois Jean Baptiste et Elie « mon nom est Ya ». Ce dernier vécut dans une grotte sous le mont Carmel.
Cette grotte est connue sous le nom de « l'école des prophètes »
Carmel se traduit comme «  celui qui cultive le champ » ou « celui qui alimente » !
Il y a bien deux personnages dans la grotte, deux ermites et prophètes qui surveillent Adam et l´empêchent de mordre la pomme.

Bien entendu ces idées furent condamnées par le IV Concile de Latran, puisque le pont ecclésiastique en Haut et Bas n´était plus nécessaire.

Les joachimites ou Spirituels pensaient que la nouvelle ère été arrivée avec l´élection papale d´un franciscain nommé : 
CELESTIN V.
Son renoncement puis de sa mort dans les oubliettes du pape suivant, fut pour eux l´annonce de l´antéchrist, en la figure papale.
L´église était la putain de Babylone et le pape l´Antéchrist, pensée récupérée par Luther pour sa reforme protestante.
Cette Babylone, c'est la Rome anarchique, l'église charnelle, la grande marâtre qui nage sur les eaux (I, ch. 3) par opposition à la Jérusalem chanté par l´E.Eternel.
Jérôme Bosch a bien peint cette Babylone en plein Enfer !

Dante plaça de Flore entre saint Thomas d´Aquin et saint Bonaventure dans son cantique XII au Paradis.

L´influence des ses écrits, pris pour l´Evangile Eternel, ont laissé des traces sur bon nombre de saints futurs, d´intellectuels et quelques mouvances religieuses,
comme les béguines, les fraticelli, les ranters, les flagellants et les frères du libre esprit ( voir plus bas pour ces derniers )
La Renaissance repris ses idées que l´on retrouve par exemple chez Jérôme Savonarole, Jean Baptiste Vico, Cola de Rienzo etc. …

Joachim de Flore assimilait les sept corps planétaires aux sept personnages qui se partagent dans l'Écriture la durée des temps,
 depuis la Création jusqu'à saint Jean-Baptiste !
Ainsi, Adam fut assimilé à Saturne…et son âge d´ or… le Soleil à Élie et la Lune à saint Jean-Baptiste.
Tous trois sont souterrains, cachés dans le Jardin des Délices. 


4 - Bosch et le Comma Johanneum


« 5:7 Car il y en a trois qui rendent témoignage ( dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit ; et ces trois sont un.)
5:8 ( Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre) : l’Esprit, l’eau et le sang ; et ces trois sont d’accord. »
Livre I des épîtres de Jean avec Comma Johanneum

A présent nous ne lisons plus que ceci :
 « 5.7 Car il y en a trois qui rendent témoignage:

5.8 l'Esprit, l'eau et le sang, et les trois sont d'accord. »

Cette parenthèse ou comma, est devenue apocryphe, mais daterait du IV siècle et fut ajoutée à la Vulgate latine vers l´an 800.
La première mention de la comma grecque se trouve en version latine dans les actes du IV Concile de Latran en 1215.
 A partir du XVI siècle elle n´apparaîtra plus que dans les bibles grecques.
 
En 1512 Erasme de Rotterdam commença sa récupération du Nouveau Testament en latin à partir de toutes les manuscrits de la Vulgate qu´il rencontra.
pour créer un édition critique, bien que le texte fut mis en question auparavant par l´humaniste Lorenzo Valla.
On retrouve cette Comma Johanneum sur la
Bible de l´Ours ou OSSA de Casiodoro de Reina, traduction en castillan gardée à l´Escorial avec le Triptyque.


Et Jérôme Bosch dans tout ça ?
Sur le triptyque fermé nous avons aux Cieux, le Père avec Bible et Triade qui se sert du Verbe et part lui Crée.
L´Esprit de cette Création ce retrouve dans le jardin au centre où tous les fruits sont rouges ou bleutés : Esprit, Eau et… Sang… rependu côté Enfer.


  5 - Bosch et les Adamites ou Frères de l´Esprit Libre



Nous avons constaté sur le retable central qu´un homme montrait du doigt Adam à la bouche clouée, afin de ne pas manger la pomme qu´il tient.
Ils sont dans un souterrain ou grotte et bien dissimulés par ce bouillonnement de personnages, d´animaux et de fruits.
Pourquoi Adam et non pas Eve qui aux yeux de Rome est la vraie coupable de la chute ?

Il y eut une hérésie dont les adeptes se faisaient appelé jadis Adamites.
Ceux-ci  imitant Adam, fait à image et ressemblance divine, pratiquaient leurs rituels nus, autant les hommes que les femmes.
Ainsi cachés dans des grottes ou souterrains ils priaient, lisaient les Ecritures, recevaient les saints sacrements et ils nommaient leur église : le Paradis !
Ils attendaient la Fin du Monde, le retour du Christ. ( tableau gauche)


En 1411, un siècle avant que Bosch peignit ce retable furent exécutés, brûlés vif à Bruxelles :
 le carmélite Wilhelm van Hildernissen et Aegidius Cantor, accusés d´adamites. 
L´inquisition commença très tôt leur poursuite dès et peut-être même avant le XII siècle.
C'est à Jean Scot Erigène ( au IX s) qu'on attribue en général les idées directrices de ce mouvement dont la première condamnation papale avérée remonte à 1204.

 Les idées de Joachim de Flore circulaient également parmi les Libres-Esprits, parfois nommés amauriciens ou béguards et béguines.
"Libre-esprit" est une expression qui se réfère à la notion d'un esprit libéré du superflu au point de laisser la place tout entière à Dieu.
Sans aucun intermédiaire ! ( lire
Vitruve )

C'est surtout par les sources inquisitoriales que nous pouvons nous faire une idée de ce que fut cette doctrine des tenants du Libre-Esprit,

bien qu'il soit communément admis que le fantasme de l'inquisiteur pouvait orienter les aveux.

 Le Libre-Esprit prône un idéal de pauvreté. Cette pauvreté laverait l'homme de tout péché et ressusciterait le Christ en lui.
 L´homme ne pourrait dès lors mal agir et c'est en écoutant ses désirs qu'il entrerait dans l'ère de "l'Esprit libre" où il pourrait connaître la béatitude dès la vie terrestre.
 La charité se confond avec l'amour charnel qui se consomme sans restriction au sein de la communauté. Une femme enceinte l'est par l'opération du Saint-Esprit.

Il y a bien une femme enceinte sur le Triptyque, panneau central, il s´agit d´une femme de couleur, comme nos Vierges Noires.
Elle est entourée d´oiseaux symbolisant cet Esprit.


 

6 – Le Jardin des Délices de saint Brendan par J. Bosch

Je vous propose de voyager plus loin encore dans le temps et l´espace, pour trouver d´autres possibles sources d´inspiration de ce panneau centrale.

En l´an 510 fut ordonné moine un certain Brendan, appartenant aux dits 12 apôtres d´Irlande.
Il fit sa préparation à l´abbaye de Llancarfan, dans le royaume de Gwent où il apprit le latin, le grec, la littérature, les mathématiques, l'astronomie et la médecine.

Fondateur de monastères comme ceux de Ardfert, Shanakeel et Baalynevinoorach près du mont Brandon ( autre forme du nom Brendan).
Il voyagea dans les îles Britanniques et en Bretagne pendant près de vingt-cinq ans. À l'estuaire de la Rance, il fonda un couvent à ALETH (à côté de Saint-Malo).
Selon la tradition, saint Brendan écrivit ses règles monastiques sous la dictée des anges.
 
En 560 il deviendra abbé de Clonfert, Clúain Fearta ou Prairie des Miracles où il repose éternellement depuis le 16 juin 578.

Ce saint moine irlandais deviendra fameux par son voyage d´évangélisation à travers l´océan atlantique à la recherche du Paradis Terrestre des Saints.

 Il existe plus de cent manuscrits du Voyage de Saint Brendan disséminés à travers les grandes bibliothèques d’Europe, et encore plus de traductions.
La plus complète et ancienne version de ce texte apparaît vers l'an 900, récit composé de 1840 vers dus à la plume du moine Benedeit :
 «  Navigatio fabulosa Sancti Brendani ad terram repromissionis scripta est ab ignoto irlandico circa annum 900 »
Ce fut un best-seller mondial, traduit du latin aux langues romances européennes.
Partant des mêmes bases archétypiques des livres de chevalerie :
un voyage initiatique en quête d´un objet mystique à travers les paraboles et métaphores, construisant un discours didactique exemplaire.


Au XII siècle on retrouvera « De Reis van Sinte Brandaen » écrit en vieux néerlandais.
Les philologues estiment qu’il s´agit de la compilation d’une source en moyen haut-allemand aujourd’hui perdue,
avec des légendes irlandaises, que l’on devine au mélange d’éléments chrétiens et féeriques.
La version anglaise : « Life of Saint Brandan”, n’est qu’une traduction tardive de cette version néerlandaise.


Ce récit édifiant décrit aussi bien des phénomènes naturels que des apparitions fantastiques ou des pays merveilleux, dont l’évocation devait charmer les fidèles.
 Il y a de nombreux parallèles et plusieurs références croisées entre le Voyage de Saint Brendan et le Voyage de Bran ou le Voyage de Máel Dúin.
On verra ceci plus loin.


 
Le prétexte qui servit à saint Brendan pour entreprendre son long voyage de 7 ans, lui fut fournit par un autre moine, Barinthus, petit fils du roi irlandais Niall,
 qui avec Mernoc voyagèrent au de-là de l´ÎLE AUX DELICES ou EDEN.
Là sur cette île, ils ne virent que des plantes fleuries, chargées de fruits et même de pierres précieuses.
Notre saint dit alors à ses moines :
 « Si la volonté divine est le propos de mon cœur, cherchons la terre promisse des saints dont nous a parlé saint  Barinthus. »
Ils fabriquèrent un coracle ou un currach qu´ils baptisèrent Trinité et le saint partit avec 17 moines.

L´un des épisodes plus connu est celui du PILIER DE CHRISTAL, probablement un iceberg.
Il y a plusieurs piliers cristallins sur le panneau central du Jardin des Délices du Bosch.

 

 
  

 

Est-ce une référence à ce voyage extraordinaire ?
Suit l´épisode de la TERRE DES RAISINS ou Vinland que quatre siècles plus tard redécouvrira le viking Leif Erikson sur la côte orientale de Canada.
Les raisins énormes ne manquent pas sur le Jardin du Bosch.


 
 



 Comme le Petit Prince de Saint-Exupéry où tout planète était habité, eux rencontrent des créatures sur chaque île,
  et de nombreux moines, anachorètes, ermites, dans des épisodes rappelant les saintes Ecritures.
Par exemple sur la dernière île qu´ils visitent avant de trouver l´Eden, c´est SAINT PAUL L´ERMITE qui les accueille là après avoir passé 60 ans.
Nous avons bien des ermites sur ce Jardin des Délices, trois dans un souterrain-grotte- tumulte.

Sur l´île des oiseaux ceux-ci  s´unirent aux moines dans leur prières.
L´un d´eux avoua au saint que ces GRANDS OISEAUX ne sont autre que des anges maintenus neutres lors de la lutte entre saint Michel et Lucifer.
Là ils obtinrent le vin pour la consécration.


 
  
Les oiseaux géant donnent à manger aux hommes au Paradis de Jérôme Bosch, des messagers divins ?

Puis arriva la preuve plus terrible que les voyageurs durent affronter, la TRAVERSEE DES ENFERS avec des énormes rafales de feu crachées par de nombreux monstres.
Judas peine aux Enfers où il conversera avec Brendan un court instant.


Enfer avec un petit bateau sur les lots entre maisons brûlées, volcans et monstres.

Puis le plus fameux et pieux, très au goût de l´imaginaire moyenâgeux est l´histoire du GRAND POISSON, JASCONIUS qu´ils prirent pour une île
 y débarquant  pour y dire la messe pascale.
Alors qu´ils allumèrent un feu, l´île bougea et ils eurent juste le temps de monter sur leur frêle navire avant de s´apercevoir qu´il s´agissait d´un énorme poisson.
L´aventure finit par la découverte du Paradis Perdu après avoir retrouvé JASCONIUS qui les guide vers elle.
Il n´y a aucune description de cette dernière île, but de la quête, saint  Barinthus l´ayant fait pour eux avant le départ
.


 

 A son retour le saint moine raconta son histoire, avant de mourir peu après, cette mystérieuse île prit son nom.
Tout de suite de nombreux pèlerins arrivent à Aldfert, le village d'où il avait pris son départ.

D'abord condamné, Brendan fut canonisé par l'Église, fixant sa fête au 16 mai, ( même jour qu´un certain saint Adam ) comme saint patron des marins.
Son iconographie le représente un cierge à la main et/ou avec une maison qui flambe.
Son prénom est à rapprocher au verbe allemand brennen, « brûler » ou à l´étymologie scandinave "lame d'épée"
  Mais surtout un poisson à la main.

Il y a de nombreux et énormes poissons sur le panneau de l´Eden de J.Bosch, et l´édification centrale rappelle un cierge allumé.

 
 
   

La légende du voyage de ce moine, très tôt traduite en français s´entendra sur l´ Europe chrétienne en copie manuscrites,
malgré que les Bollandistes, la plus ancienne société savante en activité en Belgique depuis sa création au temps des Pays-Bas espagnols,
n´eurent aucun doute à la qualifier d´ « apocryphe délirant » donc elle ne fut éditée qu´en 1836, quand Achille Jubinal en prépara une version.

Dès le début du V siècle des communautés monastiques entières se lancèrent sur les flots sur des coracles pour prédiquer l´évangile  jusqu´aux confins de la Terre.
L´abbé de Clonfert trouva le crédit nécessaire par le témoignage d´Adamnan qui rédigea une Vida de San Columbano près de 50 ans après la mort de saint Brendan
Saint Adamnan d'Iona est également l'auteur du Cain Adamnain ou Lex Innocentium ,
 livre qui représente «  la première loi au Ciel et sur Terre pour les femmes est la loi
de Adamnan »
Notez le nom Adam associé à Iona ( jean) et à Caïn et son arbre, l´arbousier du Jardin de Délices.

Brendan décrivit la noix de coco et des fruits exotiques en abondance sur son Île-Eden, fruits, aujourd´hui très connus, mais pas en VI siècle.

Ce ne fut qu´en 1976 que l´aventurier Tim Severin construisant un coracle analogue arriva à Terre-Neuve par les îles Féroé et l'Islande,
 Ce fait prouve que le voyage de Brendan jusqu'en Amérique était techniquement possible.
 
 
 
Carte de Piris Reis avec Jasconius ( en haut à droite, ici image inversée) et la Trinité de saint Brendan

La légende de saint Brendan  et son voyage au Paradis Perdu influenza d´autres récits hagiographiques diffusés en Europe occidentale,
par des narratives comme celles de Saint Malo en Bretagne ou Saint Amaro en Espagne.

Des essais très nombreux de localisation de l´ île commencèrent dès le XII siècle, comme par exemple celui d´Honorée d´Autun, qui lui nous parla d´une île située dans l´Atlantique appelée Perdue, celle de saint Brendan, mais que l´on ne verrait que par la force de volonté
Ainsi cette île- Eden prit plusieurs noms : Apositus, Non Trubada ou Encubierta ( cachée) avant de recevoir celui du saint Brendan ou Borondon.

Christophe Colon  sur son cahier de voyage écrit :
 « que juraban muchos hombres honrados...que cada año vian tierra al Oueste de las Canarias, que es al Poniente;
 y otros tantos de la Gomera afirmaban otro tanto con juramento. »
 
( « que beaucoup d´hommes honnêtes juraient… que chaque année ils apercevaient une terre à l´ouest des Canaris, côté couchant;
 et autant de la Gomera affirmaient de même sous jurement » )


Mappemonde de Jacques Vitry du XIII s. qui place San Borondon à l´Ouest des Canaries


Carte de Ortelius avec saint Brandain

Bien que l´île resta introuvable, malgré tout les cartographes l´inclurent sur leurs cartes jusqu´au XIX. Siècle.
Ainsi nous retrouvons Jasconius et les moines de saint Brendan à gauche et au Nord de la celle de Piri Reis, retrouvée en 1929 au Palais Topkapi d´Istanbul.
L´ île était présente sur des cartes antérieures : celle de Jacques Vitry au XIII.s, sur le planisphère de Hereford avec la légende :
 « île Perdue que saint Brendan découvrit mais que plus personne ne retrouva depuis lors. » ;
sur la mappemonde de Fra Mauro en 1457.
Durant le XVI. S sur le Theatrum Orbis Terrarum de Ortelius, le Speculum Orbis Terrae ou l´Atlas Cosmographicae de Mercator
qui la situent sur le parallèle 50 au centre de l´océan.
Sur la carte du Nord-Est d´Afrique de Guillaume Delisle en 1707, là elle
est à l´ouest de l´île de Hierro ou île du Meridien avec la légende :
 
« En ce parage quelques auteurs ont placé la fabuleuse Isle de St. Borondon. »

Puisque son voyage rappelle ceux d´héros celtiques et irlandais jetons un coup d´œil à cette mythologie, religion du passé.

Les Immrama Celtiques

Nous allons voir la définition :

Un Immram (au pluriel Immrama) est un genre de contes de la mythologie celtique irlandaise qui narre le séjour d’un héros dans l’Autre Monde des Celtes,
parfois appelés Tír na nÓg (la « TERRE DES JEUNES ») et Mag Mell (la « PLAINE DU PLAISIR »).
Cet Autre Monde celtique est en harmonie avec le panneau central du Jardin du Bosch.

 Rédigés dans le contexte du monachisme irlandais, ils présentent une version christianisée de ces mythes, tout en conservant un substrat celtique.
La traduction usuelle de ce mot gaélique est « voyage » ou « navigation ».

Cette thématique de voyage fantastique se retrouve dans un autre type de mythe, celui du héros « appelé » par une bansidh ou bean sí,
créature féminine surnaturelle de la mythologie celtique irlandaise, considérée comme une magicienne ou une messagère de l'Autre Monde (sidh),
 à séjourner dans le monde parfait du sidh.

Cette banshe, forme anglaise du nom, est souvent confondue avec la bean nighe, vue en train de nettoyer du linge.
 La banshee est comparée à d'autres créatures légendaires d'Europe ou du monde, comme la Dame Blanche.
Eve se retrouve sur les trois panneaux du triptyque, sur le central sauf le figures féminines noires, les autres ressemblent fort à l´Eve de la Création humaine.
 Les indiens américains décrivaient une Dame Blanche qui les visitait, aux curés qui voulaient les convertire au christianisme.

Banshee ou « femme des tumultes » ou aos si « gente de PAZ », sont des esprits féminins qui selon la légende, apparaissaient devant un irlandais lui annonçant la mort.
Ce sont les traces mythiques qui survécurent aux déités du passé, esprits de la Nature avant la christianisation d´Irlande.
Certains théosophes et chrétiens celtes se referont aux aos si comme des «  anges déchus »

 Le Sidh celte:  LE CONCEPT DE PECHE ETANT INCONNU DES CELTES, LES NOTIONS DE « PARADIS » ET D’« ENFER » SONT INEXISTANTES DANS CETTE RELIGION;
 DE MEME QU’IL NE PEUT Y AVOIR ASSIMILATION OU RAPPROCHEMENT AVEC L'AU-DELÀ CHRETIEN.
S'il n’est pas explicitement décrit, il revient dans nombre de textes irlandais ; le sens du mot est « PAIX ».
Lecture du triptyque ouvert du Jardin de Délices de gauche à droite : Création, Sith celtique remplacé par l´Enfer chrétien.
Cela no correspond pas à la lecture conventionnelle appelée Sentier de l´Avertissement ( voir double lecture du triptyque)

 

De cette littérature médiévale et pré-médiévale, il ressort trois localisations distinctes du Sidh :
 à l'ouest, au-delà de l'horizon de la mer, dans des îles magnifiques ;
 sous la mer ( les sirène du Bosch ? ), dans les lacs et les rivières où se situent de SOMPTUEUX PALAIS DE CRISTAL aux entrées mystérieuses,
l’eau étant le moyen d’accès privilégié ;



SOUS LES COLLINES et les tertres qui sont devenus les résidences des Tuatha Dé Danann,
« gens de la déesse Dana » déesse primordiale,
c'est-à-dire les dieux des Celtes avant la christianisation de l’île.

Mais les Tuatha Dé Danann face aux Milesiens, doivent se replier dans le Sidh. Les dieux s’effacent devant les humains, puisque les « fils de Mile » sont les Gaëls.
( les Milesiens ou les fils de Mil Espaine sont les premiers humains à avoir débarqué sur l'île. Ils ont succédé aux Tuatha Dé Danann, obligés de se réfugier dans le Sidh.
Milesien est un guerrier originaire d’Espagne dont le nom signifie « combat », « destruction »…l´Enfer ou troisième retable du triptyque des Délices)
( le mot Gaëls signifiait à l'origine « voleur », et maintenant désignerait une personne irlandaise.)

Dana, anagramme d´Adan ( latin, néerlandais castillan ), est la mère de Dagda et de Lir c´est à dire : du « dieu bon » et du « dieu de la mer »
( celui du premier retable et celui des panneaux fermés )

Les Tuatha Dé Danann
maîtrisent le druidisme, le Savoir et les Arts.
 Manannan Mac Lir «  fils de l´Océan » leur fournit des cochons magiques qui confèrent l’IMMORTALITE.



Les déités féminines, dont la magie est plus puissante que celle des druides en matière d’amour, attirent des hommes valeureux dans ce monde parfait et intemporel,
où ils croient y séjourner quelques heures mais y restent une éternité, rendant impossible le retour dans le monde terrestre.
Les thèmes relatifs à ces fées, qui font oublier l´idée du temps qui passe, est très prisé au Moyen-Âge,
et même durant l´Antiquité, n´oublions pas le passage de Odyssée avec la magicienne Circé, qui transforme les compagnons d´Ulysse en cochons.

Le récit de son voyage se rattache à une tradition irlandaise de voyages initiatiques contenant des passages obligés
 (les immrama, dont Immram Brain maic Febail - Bran Mac Febail - sont les plus connus ),
 il a été interprété comme un récit symbolique se rapportant à la liturgie pascale ( épisode de Jasconius )(les voyages de saint Malo sont essentiellement identiques),
mais de nombreux détails sont la preuve qu'ils ont été écrits par des gent ayant pratiqué la navigation en haute mer sur de petits bateaux médiévaux.


 
Le trèfle à trois feuilles représente la Trinité, nom du navire de saint Brendan. Il fut utilisé par saint Patrick pour expliquer la Sainte Trinité aux Irlandais ne connaissant pas le catholicisme
. C'est pour cela que le trèfle à trois feuilles est associé à la fête nationale irlandaise : la fête de Saint Patrick. L´harpe nous l´avons côté Enfer.


Le Gland, fruit du chêne, symbole d'abondance, de prospérité, de fécondité
Au sens spirituel, il désigne la puissance de l'esprit et la vertu nourrissante de la vérité, la vérité qui vient de 2 sources : la nature et la révélation

Celui qui se nourrit de gland se nourrit de la vérité.« Le gland fut souvent considéré comme symbole de fécondité et de prospérité.
Car nos ancêtres savaient que c’était à partir de la graine contenue dans ce petit fruit qu’un nouveau chêne qui deviendra plusieurs fois centenaire pouvait naître. »
 Le Mage,
personnage tient un gland, fruit de l'arbre des Druides, symbole de connaissance et de l'antiquité du message du tarot
Le Bosch aime à dessiner le Fou ou Mât.

Plusieurs lectures possibles ici aussi

Nous avons déjà rencontrer la première sur cette quatrième vision de ce Jardin Celtique ou île de saint Brendan
Lecture du triptyque ouvert du Jardin de Délices de gauche à droite : Création, Sith celtique remplacé par l´Enfer chrétien.
Cela no correspond pas à la lecture conventionnelle appelée Sentier de l´Avertissement ( voir double lecture du triptyque)
Seconde lecture de droite à gauche : guerre entre les fils de Dana et les milesiens, les premiers se retirent au sith, puis christianisation d´irlande.
Troisième lecture : au centre Sith celtique qui est à la fois le paradis ( panneau gauche ) et l´enfer( panneau droit) différencié par le christianisme.
 Mais plusieurs groupes nombreux arrivent autant du côté Enfer au Paradis « Celtique » celui annoncé par les Révélations bibliques,
comme du Paradis d´Adam et Eve sur cet Eden sans fin.
Quatrième lecture  de droite à gauche saint Brendan quitte l´Irlande ( harpe) soumise en guerre et part en voyage pour le Paradis Terrestre,
 qui lui rappelle l´Eden biblique, sans le péché.

Il est fort possible de Jérôme Bosch eut lu ou entendu ce légendaire voyage de saint Brendan
Nous sommes bien à l´époque de la découverte de l´Amérique.
 Continent, mais d´abord îles qui se pressentent aux chrétiens envahisseurs comme autant de Paradis Perdus, ceux décrits par le saint moine du VI siècle.

La curiosité envers ses terres lointaine se mêlant au mysticisme et racines de l´artiste put bien réveiller son imagination déjà débordante par nature.


7- Jardin Des Délices du Bosch et la Méridienne des Fortunées ou Enfer Grec

Dans la mythologie grecque, les îles des Bienheureux ou îles Fortunées, sont un lieu des Enfers où les âmes vertueuses goûtaient un repos parfait après leur mort.
Elles étaient placées aux confins occidentaux de la Libye (au sens ancien, c'est-à-dire le Nord-Ouest de l'Afrique), donc dans l'Océan Atlantique.

Ptolémée, dans sa Géographie, considère que ces îles sont à la limite Ouest du monde habité.
 Il y fait passer le méridien zéro, point de départ de ses mesures de latitudes, à l'instar de Greenwich aujourd'hui.
Ces îles, telles qu'elles sont mentionnées par Ptolémée sont classiquement identifiées aux îles Canaries.
Concrètement sur l´île de Hierro, soit en Fer…ou En-fer des Fortunées.



8 -Jérôme Bosch, la Devotio Moderna  et les Frères de la Vie Commune

 On sait que l´artiste eut une vie accommodée puisqu´il se maria avec la riche Aleyt van Mervende.
 Il passe à l´histoire pour avoir été un homme pieux, membre de la plus prestigieuse confrérie locale dédiée au culte de la Vierge Marie.
 Il partageait les préoccupations en matière de religion, péché et sexe manifestées dans le mouvement contemporain du devotio moderna, étendu sur les Pays-Bas


Devotio moderna fut un mouvement de réforme et un courant de spiritualité diffusé par les Frères de la vie commune qui naquit au bas Moyen-Âge.
Cette dénomination est due à Jean Busch, chroniqueur de l'abbaye de Windesheim. Ce mouvement marqua un changement considérable dans la spiritualité chrétienne.
 
Il s´agit d´un humanisme qui tend vers l´étude des textes fondamentaux de la chrétienté, afin d´arriver à une relation personnelle, intérieure avec Dieu.
L´invention de Gutenberg  facilita cette lecture aux laïques dits Frère de la vie Commune.
Dans les idéales de l´humanisme chrétien, la devotio moderna recommande une attitude plus individuelle envers les croyances et la religion.

 Croyances principalement développé en Hollande et Allemagne.
Le Livre de L´Imitation du Christ de Thomas de Kempis, Frère de la Vie Commune, contient les concepts plus importants pour cette courrant de Devotio Moderna.
 ( Voir chapitre sur
les autoportraits d´Albert Dürer )

La conversion du cœur et la pratique des vertus chrétiennes priment.
La contemplation perd l'aspect intellectuel et ouvertement métaphysique que lui avaient donné les mystiques rhénans et devient simple prière.
Il insiste sur la nécessité du dépouillement préalable de celui qui va prier. Selon lui, il faut avant tout imiter l'humanité du Christ et allier vie active et contemplation.

 Le croyant doit demeurer sur terre pour y agir.

Son âme nue est habitée par le Christ.
 Le Père José de Sigüenza souligne bien que Bosch dessine l´intérieur et non l´extérieur des personnes.
Il n'est donc plus question, de spiritualité médiévale, de se fondre en Dieu en s'élevant vers Lui,
mais d'une démarche qui prend une autre perspective puisque c'est le Christ qui vient habiter le chrétien et que ce dernier exerce une action là où il se trouve, sur terre.

        
Visions de l´Au-delà de Jérôme Bosch : Vue du Paradis- Montée à l´Empyrée- Chute- Enfer

 
La dévotion moderne a suscité de nombreux écrits proposant des méthodes de méditation.
 L'une des premières est mise au point par Henri Eger de Calcar (1328-1408), prieur de la chartreuse de Munnikhuisen.
Selon lui, la lecture doit précéder la méditation, elle-même suivie de l'oraison,
 puis de la componction (sentiment d'affliction éprouvé devant l'indignité de l'homme à l'égard de Dieu).
 La contemplation, une forme de communion de l'âme avec Dieu, achève l'itinéraire spirituel du chrétien
 :

 
La plupart des écrivains de la dévotion moderne ont voulu garder l'anonymat, par souci d'humilité dit-on…ne serait-ce pas plutôt  à cause de l´inquisition ?
 La vie spirituelle devient ainsi accessible à tous un idéal de renouveau.
Son influence sera considérable : l’Imitation devient l'ouvrage le plus lu dans le monde chrétien après la Bible.

Donc ce triptyque peut aussi représenter les hommes imitant Dieu à l´opposé de l´offerte de l´inquisition catholique
qui prêche mais agit contrairement à ses propres paroles, donc à la Parole.
On ne le saura peut-être jamais puisqu´on méconnaît le commanditaire.

Mais il est vrai que cette oeuvre tend à nous faire méditer afin de poursuivre notre chemin, seul avec nos visions et interprétations bien personnelles.
Tant et si bien que Philippe II agonisant, lui qui possédait 26 oeuvres de pas plus de 40 produites par Jérôme Bosch, ce » peinte diabolique »,
 demanda à avoir le Jardin des délices sous les yeux, pour franchire la Porte…



 Triptyque du Chariot de Foin fermé à l´Escorial à nouveau de Mât.
Il représente le chemin de la vie, à suivre seul comme un pèlerin, une espèce d´ermite stoïque
qui résiste aux tentations sur la route, c´est l´idée même de la Devotio Moderna
Au bas à gauche les os, crâne et oiseaux semblent dessiner le mot « ill », le Mal ? Ce mal qui entoure le personnage.



Suite: L´Art, Porte vers l´Au-delà ou Le Titien et les Rois de Sion