FRANÇOIS I, CHARLES QUINT ET LE PAPE CELESTIN V- SUITE

 

LA FIGURE DE L´EMPEREUR SUR LE TABLEAU


Mais qui est ce personnage au premier plan, devant les rois, dont l´habit est plus moyenâgeux ? Le sceptre de sa main renvoie au Saint Empire et sa barbe est ROUSSE. Allusion à l´Empereur Frédérique Barberousse, premier monarque qui donna le titre de SAINT à l´ Empire romain germanique ?

Au XI° s la réforme grégorienne vit les partisans de la papauté considérer comme des antéchrists tous ses adversaires , en particulier l'empereur Henri IV.

 

Suivit la querelle des investitures qui opposa papauté et empire . Le pape Alexandre III traita l'empereur Frédéric Ier Barberousse d'antéchrist .


En plein XIII° s , la lutte acharnée des papes contre la maison des Hohenstaufen créa une situation inédite au cours de laquelle la rhétorique eschatologique fut mobilisée : aux yeux de ses partisans , l'empereur Frédéric II représentait l'empereur des derniers temps , tandis qu'il n'était que l'antéchrist au regard de ses ennemis.

 

A force d'être utilisée comme insulte dans les luttes politiques et religieuses , l'image de l'antéchrist commençait à se dévaloriser.

Allégorie : Le Pape et l´Antéchrist, c´est à dire ses ennemis, l´empereur et ses partisans.

C´est dans ce contexte qu´ un abbé cistercien de Calabre , que nous avons déjà maintes fois rencontré, JOACHIM DE FLORE , renouvela la pensée eschatologique et lui redonna une actualité qu'elle avait perdue.

C'est au sein de l'ordre des franciscains alors à ses débuts , que la pensée joachimite connut le plus grand succès. Les franciscains étaient gibelins. Pour les frères mineurs , saint François d'Assise était un nouveau christ et , en s'appuyant sur le comput du temps proposé par Joachim de Flore , ses disciples estimaient la venue de l'antéchrist et le début de la fin des temps en 1260 . Or Célestin V fut nommé pape en 1294 ! C´est un contemporain de saint François.

 

 

UN PEU D´HISTOIRE

 

Par l´Empereur Constantin,  l´Eglise catholique devient théoriquement omnipotente, face aux autres religions qui ne sont plus reconnues par l´Etat. Mais Constantin le Grand assuma toujours l´autorité sur cette croyance qu´il façonna à son caprice, faisant sonner son adage : PAR CE SIGNE TU VAINCRAS !

L´Eglise vit son autorité mise à preuve avec les autres empereurs romains qui suivirent. Elle rêvait, soumise dans le passé plus glorieux, d´un renouveau de son apogée. Mais cette fois-ci, ce serait elle qui exercerait une autorité omniprésente sur la figure de l´Empereur.

 

Cette lutte du pouvoir spirituel sur le militaire lui causa bien des malheurs mérités, par son orgueil et sa soif de pouvoir.

Ainsi le dit GRAND SCHISME commença après l´abdication du pape CELESTIN V, et les épisodes que nous avons vu lors du chapitre antérieur.

Cette crise survient en Europe en pleine guerre de cent ans, à la faveur des transformations d'un système féodal qui ne répond plus aux besoins d'une société en pleine mutation.

 

En effet l'Église n'a plus le rôle culturel et social qui était le sien au début du Moyen Âge et qui l'avait rendue indispensable à l'exercice du pouvoir.

 

Au Moyen Âge tardif, les mutations économiques induisent la création d'États modernes que l'Église n'a plus les moyens d'assujettir culturellement.

Francken frans I : Prise d'habit de Charles Quint

 

 

     

Philippe le Bel réunit pour la première fois les ETATS GENERAUX.


En 1381 aura lieu la révolte des paysans anglais qui marcha sur Londres, menée par Tyler qui fut est assassiné en pleins pourparlers avec Richard II, ce qui mit fin au conflit. Ils demandaient l’abolition du servage, l’abolition du système contraignant de réglementation du travail et redistribution des terres de l’église aux paysans !

La papauté s´installa à Avignon, de façon plus ou moins volontaire. Quant elle revient à Rome le 17 JANVIER  1377 le vent de l´histoire tourna.

 

Ce Schisme mis sur l´échiquier  deux papes reconnus et des antipapes. Ainsi sur certains territoires, comme celui de Naples et du Saint Empire Germanique il y eut plusieurs monarques à la fois. Chacun d´eux oint par son pape personnel.

 

 

 

Le bonnet que coiffe Charles Quint est semblable à celui de ce personnage qui apparaît sur le sacre de Célestin V. Ce bonnet rappelle celui des prêtres juifs sur certaines représentations du Mariage de la Vierge, comme celle du haut.

 

 

Le pape romain Grégoire XII fut poussé à abdiquer, ce qu´il accepta par esprit de paix pour faire « table rase » de l’ensemble de la crise.

Martin V, élu le 11 novembre 1417 par un conclave composé de cardinaux, de représentants de l’Empire, et des royaumes d’Angleterre, d’Espagne, de France, des seigneuries d'Italie, avec l’appui du concile, s’installe à Rome en 1418, mettant ainsi fin au Grand Schisme. Faudrait-il remplacer Célestin par Martin ?

Martin V convoque un nouveau concile, mais il meurt avant qu'il ne se tienne. Eugène IV le réunira, d'abord à Sienne, puis à Bâle, en 1431.

Mais, loin de retrouver son autorité, le pape se heurte à une violente opposition de l'assemblée conciliaire  : elle proclame sa prééminence sur le pape qui lui, brandit la menace de la dissolution. L'empereur Sigismond et le roi Charles VII proposent une médiation pour éviter un nouveau schisme.

Charles VII donne un statut particulier à l'Église de France. Elle constitue en quelque sorte une alliance entre le souverain et le clergé
[], limite les prérogatives du pape en réaffirmant la suprématie des conciles qui ont clairement défini les pouvoirs du Saint Siège[].

Dans son préambule, la Pragmatique Sanction de Bourges dénonce les abus de la papauté. Dans son premier article, elle déclare la suprématie des conciles généraux sur le Saint Siège et limite les pouvoirs du pape. Ainsi la libre élection des évêques et des abbés par les chapitres et les monastères est rétablie: elle supprime les nominations par le Saint Siège et son droit de réserve.

Qui est donc ce personnage qui revêt les attributs de l´Empereur ? et qui rappelle l´histoire papale.

 

 

SURINTENDANT DES FINANCES CONDAMNE !

Sigismond 1er, roi de Bohême et de Hongrie et empereur romain germanique par Albrecht Dürer

 

 

Plaçons nous dans le contexte de l´époque : cette œuvre fut commandée PAR PIERRE JULIAN, prieur entre 1525 à 1542 du prieuré des célestins de Marcoussis.  Ce tableau appartenait à une vie de saint Pierre célestin. Il serait intéressant de connaître toute la série.

La date d´acquisition par le Louvre est 1843 ! donc avant la naissance du curé  de Rennes- Le-Château. Avant le musée, ce tableau faisait partie de la collection du Marquis Alejandro Maria Aguado, banquier et grand mécène d´origine juif, nationalisé français.

Le fait de retrouver dans la peinture les armes de
JEAN DE MONTAIGU dessinées au sol est un hommage fait à ce personnage historique qui fit construire le monastère de Marcoussis.


            
 
Blason des Célestins et de Jean de Montaigu


Pendant 4 ans, de 1404 à 1408, Jean de Montaigu consacra une grande partie de sa fortune à édifier son château, considéré comme l’une des plus belles réussites architecturales du règne de Charles VI, et le monastère des Célestins où il fit reconstruire le chœur de l’église de Marcoussis.

Jean fut le SURINTENDANT DES FINANCES de Charles VI. Il acquit une immense fortune qui lui vaudra l’inimitié du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi et du roi de Navarre.

Le 7 octobre 1409, il fut arrêté, sur l’ordre de Jean Sans Peur, fils successeur de Philippe le Hardi, et, après un procès sommaire, il fut décapité aux Halles de Paris le 17 octobre 1409 et son corps ensuite pendu au gibet de Montfaucon.

Trois ans plus tard, son fils Charles obtint la réhabilitation de sa mémoire et un somptueux tombeau fut érigé dans l’église du monastère des Célestins de Marcoussis, qu’il avait fait bâtir pour remercier du recouvrement par Charles VI de la raison, après la tragique affaire de la forêt du Mans.



ND de Grâce de Marcoussis offerte par le duc de Berry

 

Un autre Montaigu ( Mont Aigu, Mont Aiguille ) Joachim-Charles, vicomte de Beaume , fut lieutenant général de Louis XVI, il possédait un château à Clermont Ferrand dit « Le Bois de CROS », que plus tard le « pauvre » moine CHIRON, bien connu des chercheurs de Rennes-le-Château, puisque lié à Notre Dame de CROS et à l´ermitage Saint Antoine du Galamus, tenta d´acheta pour en faire un asile de fous, sous le nom de Sainte Marie, pour la belle somme de 120.000 fr comptants et sonnants. ( Voir )

J´aimerai attirer votre attention sur Notre Dame de Grâce de Marcoussis, celle de l´église dédiée à MARIE MADELEINE, offerte par le duc de Berry, en 1408. Cette vierge porte son enfant sur son bras droit, ce qui est considéré en symbolisme comme un signe de noblesse. Nous avions déjà croisé une de ces rares vierges à Tomar au Couvent templier des Chevaliers du Christ, au Portugal sur le porche,  de ce temple dont le plan forme le dessin d´une CLEF. Dans la même ville, au temple de Sainte Marie de l´Olivier, on peut admirer sur l´autel, une autre vierge taillée en pierre avec le même signe de noblesse de sang.

 

 

CHARLES QUINT, SON FRERE, FERDINAND ET LE PAPE[

 

Revenons au Couronnement de Célestin V par cet artiste anonyme : François 1er partage ses regards entre Charles Quint et  l´Empereur qui à son tour pose ses yeux sur le futur pape, tandis que le roi des Espagnes nous regarde de façon directe. Par contre le personnage qui suit le roi des romains, semble nous interroger : mais sur quoi ?

Le titre de roi des Romains, rex romanorum, est le titre de l'empereur romain germanique après son élection et avant qu'il ne soit sacré par le pape. C´est donc lui qu´on utilise pour désigner le successeur présomptif de l'empereur, élu du vivant de ce dernier.  Il ne restait plus qu´à attendre la décision du pape, pour porter enfin le titre d´empereur du Saint Empire.

Charles Quint fut sacré par le pape en 1530, avant d´abdiquer il passa ce titre et le territoire à son benjamin Ferdinand, déjà, archiduc d´Autriche et roi d´Hongrie et de BOHEME. En 1531, donc dans l´intervalle de l´exécution de l´œuvre qui nous intéresse, le frère cadet de l'empereur Charles Quint, prend la succession de ce dernier dans les possessions héréditaires des Habsbourg (Autriche, Styrie, Hongrie, etc.) avant de lui succéder, après son retrait, à la tête de l'empire germanique.

 

 


 Il est à l'origine de la branche des Habsbourg d'Autriche dits aussi Habsbourg de Vienne. Ce sont aujourd´hui les vrais héritiers de la Toison d´Or, même si la dynastie des Bourbon Espagne porte encore le collier de façon symbolique.


Ferdinand fut élu roi des Romains en 1531, et succéda comme Empereur à son frère après l'abdication de ce prince en 1556. Le pape Paul IV refusa de le reconnaître pour chef de l'Empire, parce que le consentement du Saint-Siège n'était intervenu ni dans son élection ni dans l'abdication de Charles-Quint : Ferdinand nia la nécessité de ce consentement, et depuis, les empereurs ont cessé de demander la confirmation du pape.

Remarquez que ce ne fut pas le premier de sa famille qui n´obtint pas la reconnaissance du Saint –Siège, son grand-père Maximilien 1er  ne fut pas sacré par le pape.

Cette possibilité de faire élire un successeur du vivant même de l'empereur par les Électeurs permit aux Habsbourg de s'assurer une hérédité de fait pour la charge impériale.

Avez-vous remarqué la ressemblance existante entre Ferdinand 1 et le personnage du tableau ? Il porte la même coiffe que Charles Quint à son sacre( voir tableau au dessus)


Le monarque n´a plus besoin de l´appui papale pour régner et ce faire respecter par ses sujets. Ce qui est un grand pas !

 

Ferdinand I du Saint Empire par  Hnas Bocksberger der Ältere,

non reconnu par le pape comme héritier du Saint Empire, frère de Charles Quint et roi de BOHEME

 

 

 

SUITE : LA CLEF PERDUE DE CELESTIN V … et  … CHARLES QUINT ET LE TOMBEAU D´ARCADIE