LES BERGERS D´ARKHO
ou
LES MONOGRAMMES : CHRISME et IHS




L´Alchimiste par David Teniers, le jeune

PREMIERE PARTIE : LE POISSON ROUX

L´Essence de Dieu est semblable à une Roue…
Plus on la contemple, plus on comprend sa forme
et plus on la comprend, plus on y trouve de bonheur..


J. Boehme

 

Persécution Oblige !…

La religion chrétienne fut, sous Néron ( 64 av. J.C. ) qualifiée de « superstition étrange et illégale ». La méfiance des païens envers les chrétiens les tenaient à distance. Les premiers  suspectaient des seconds et les accusaient des pires délits. Pour éviter la prison, l´exile ou la mort ceux-ci cachaient leur croyance. Ne pouvant donc  professer ouvertement leur foi, ils avaient recours aux symboles pour se reconnaître.

C´est ainsi que l´on retrouve ces signes chrétiens dans les catacombes, sur des tombeaux bien antérieurs au règne de l´empereur Constantin.

 

Les Catacombes furent encore utilisées comme cimetières plus d'un siècle après l'édit de Milan, qui, en 313, avait proclamé le christianisme religion d'Etat. Dans les peintures qui furent alors exécutées, aucun motif nouveau ne s'ajouta à ceux qui avaient été trouvés au IIe et au IIIe siècle. A partir du Ve siècle les anciens cimetières ne seront plus que des lieux de pèlerinage, ou la piété des fidèles et des papes fera encore peindre de temps à autre quelques fresques, comme ceux dont Pascal Ier, au IXe siècle, décora la crypte de Sainte Cécile dans le cimetière de Calixte. Depuis Constantin, la société chrétienne vit au grand jour , cet état de choses a suscité un art nouveau qui n'emprunta presque rien aux humbles décorations des âges précédents, tout du moins en question technique.

Le symbolisme rappelait leur foi de façon visible, les principaux motifs étant : le Bon Pasteur, l' orante, l´ancre , le poisson et le monogramme du Christ. Bien entendu on y retrouve aussi des scènes peintes des différents passages bibliques, voilées sous l´étoffe de la dite mythologie, mais ce n´est pas ce qui nous occupe ici.

L´Orante :  figure humaine étendant des bras, émulant Christ sur la croix, en acte de prière, regard levé au ciel.  Cette pose sera reprise plus tard pour les vierges des Piétas et par le curé disant la messe.

Le Bon Pasteur :  On représente encore le Christ en berger prenant soin ou guidant son troupeau , comme sur le confessionnel de l´église à Rennes-Le-Château.
Cette représentation provient des paroles prononcées par le Christ d´après Jean 15,11 : " je suis le bon Pasteur " . Une claire référence à la parabole de la brebis perdue que le berger, après l'avoir retrouvée, porta sur ses épaules .Le Bon Berger, n'aura de cesse que lorsqu'il aura sauvé l'homme pécheur.

              

Un Orante des catacombes

Mosaïque du Bon Pasteur avec des pommes et le PAX

Le Bon Pasteur des catacombes

                  

Croix / chrisme des catacombes

Le Bon Pasteur ( catacombes ) avec l´Ancre et le Poisson

Croix / chrisme inversée de Rennes-Le-Château


Ancre et poisson : l´ ancre symbolise la sécurité, l'espérance et le salut des membres de l'Eglise, ceux qui croient en Christ et à son oeuvre salvatrice. Sa signification nous est donnée dans l'épître aux Hébreux ( 6, 19-20 ).

« Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l'âme, sûre et solide; elle pénètre au delà du voile, là où Jésus est entré pour nous comme précurseur, ayant été fait souverain sacrificateur pour toujours, selon l'ordre de Melchisédek. »

L'ancre est représentée tantôt seule tantôt mêlée à d'autres compositions. L´ancre qui dissimule la croix devient un hameçon pour poisson, claire référence à la pêche miraculeuse et au numéro 153.

Durant les persécutions des premiers siècles, les chrétiens utilisaient le mot grec ΙΧΘΥΣ dont le symbole graphique représentant un poisson formé de deux arcs de cercle. Pour se reconnaître entre eux, l´un dessiner sur le sol un demi arc que l´autre, initié aux mystères chrétiens devait compléter.

Ces deux manières symbolisent le Christ. Par ailleurs,  chacune des lettres qui compose le mot poisson en grec, forme un acronyme de noms attribués à Jésus  :

Ι  ( I ) : ΙΗΣΟΥΣ ( IÊSOUS ) « Jésus » --  Χ ( KH, CH ) : ΧΡΙΣΤΟΣ ( KHRISTOS ) « Christ »  --  Θ ( TH ) : ΘΕΟΥ ( THEOU ) « de Dieu »  --  Υ ( U ) : ΥΙΟΣ ( HUIOS ) « fils »  --  Σ ( S ) : ΣΩΤΗΡ Sôter ( SÔTÊR ) « Sauveur ».

Ce qui est traduisible par « Jésus Christ le sauveur et le fils de Dieu ».


Livret sur le tombeau de Boudet



Le poisson représente l'eau du baptême. D´ailleurs Tertulien, dans son traité Du Baptême, fait le jeu de mots suivant : "
Nous, petits poissons, à l'exemple de notre ΙΧΘΥΣ  Jésus-Christ, naissons dans l'eau. "

Lorsque l'on représente deux poissons avec des pains, cela nous rappelle le miracle de la multiplication de ceux-ci  (Mt, 14,19) mais aussi la Divine Communion ou l'Eucharistie, qui spirituellement nourrit les fidèles.

Donc outre le baptême, les pains et les poissons sont la manne du Christ unissant les fidèles dans la communion sacramentelle. Ce symbole est encore souvent employé de nos jours.

           

Ancre à deux poissons des catacombes

Ancre / croix / chrisme

Chrisme des catacombes
Le tonneau fait allusion au métier exercé par Seberus
Le nom du Christ est triomphant par la couronne de laurier

         

Outre le poisson, les premiers chrétiens utilisaient aussi comme code secret de reconnaissance d'autres symboles, dont le carré magique et palindrome
SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS, qui donne le Pater Noster .


           

 

Restons en au poisson chrétien.

Quand le Poisson Devient Sirène…

On a retrouvé de nombreux bijoux anciens représentant une croix à double face : sur l´une on voit  un Christ , sur l´autre une Vierge assez particulière car elle soutient, de ses bras ouverts en Orante, deux poissons tandis que trois autres ornent le dessus de la tête. Pour ces derniers doit s´agire de la Trinité.

Sur des représentations primitives de nos temples, figure une femme tenant deux poissons par la queue, ce qui rappelle la fée constructrice Mélusine !

On retrouve ces femmes -poisson sur de nombreux chapiteaux où la légende de Mélusine n´arriva pas ( Espagne ). Ou tout du moins la mémoire historique n´a pas retenu. Bien sûr que les artistes maçons venaient du nord, puisque le sud était le domaine de l´Al-Andalus. Le style mozarabe ne naîtra que plus tard Un exemple  Maître Français sculpta  les chapiteaux du magnifique monastère « graalitique » de San  Jean de la Penya en Aragon, plus concrètement dans la région de Jaca, mais il contribua aussi à quelques uns de San Pedro el Viejo de Huesca ( Voir Phénomène des Pommes Bleues  à Huesca ) ou un de ses élèves. Près de là, entre Jaca et Huesca, dans une des trois églises du château de Loarre ( Huesca ) il y a une sirène très haut perchée, mais très parlante, si vous m´avez suivis jusqu´ici.

 

          

Représentation primitive chapelle de la Sang Lliria

Bijou ancien, face dédiée à la Vierge

Représentation primitive chapelle de la Sang Lliria



               

Sirènes de l´église du château de Loarre

Sirène sur chapiteaux tenant 2 poissons

Sirène sur chapiteaux tenant 2 poissons


Cette sirène est assez particulière, à part par sa beauté d´exécution :

Elle aussi tient  entre ses mains deux poissons , tandis qu´un troisième émerge de sous sa queue. Ces animaux aquatiques forment un cercle trinitaire dans le sens contraire des aiguilles de nos montres et horloges.

Ce qui rappelle « el socarrat » des trois poissons unis par une seule tête qui est un symbole celtique, celui du triskèle.


Pilier trinitaire d´ Estella  ou Lizarra ( Navarre )

  

Symboles de Trinité, poissons, mais aussi LIEVRES accompagnent le Trifront


Nous avons quatre animaux à queues ou aqueux qui donnent la Trinité, comme à Estella nous retrouvons la Trinité par la seule colonne du cloître qui est constituée par quatre piliers enroulés, autour desquels on aura beau tourner qu´on n´en verra que trois. Ce motif fut repris postérieurement pour l´un des piliers de l´autel de la Vierge de Estella, qui représente des serpents enroulés. Le terrestre et le divin sont ainsi unis. Le terrestre et le divin….

Nous avons aussi une sirène à Estella, mais celle-ci est menacée par un centaure, donc elle représenterait la luxure, l´autre facette plus populaire de Vénus.

Mais est-ce vraiment le thème ? Car le symbole de la femme- poisson  existait avant la chrétienté dans certaines zones géographiques, il représentait plusieurs déesses, ou plusieurs versions de la même divinité sous plusieurs appellatifs.

 

Sirène d´Estella, Ishtar et monnaie datée de II s d´avant JC
 


Le poisson souvent sous forme de dauphin  est un amulette de fécondité, tout comme les oeufs de Pâques et du riz dans les mariages sont utilisés aujourd'hui. D´ailleurs les dauphins décorent nos fontaines.

L´ Ichthus fait également référence à la sexualité et à l'utérus. associé à Aphrodite ,Atargatis, Dagon, Inanna ou
ISHtar etc. …déesses de la fertilité associées au rite du Mariage Sacrée, Hiérogamie ou Hieros Gamos.

Les hymnes de ce Mariage Sacré ont pu influencer le Cantique des cantiques, qui présente de nombreux traits similaires.

Ses extrémités inférieures ouvertes et offertes à la flèche du Centaure à Estella ..cette sirène représente t elle la Grande Babylone ? Ou  une Immaculé Conception ?

Tout ceci rappelle la Conception de Marie ( voir chapitre de la
Prostitution Sacrée ) associée au blé et peut-être à Marie Madeleine associée , elle aux sources et au Calice-Graal.

Sur le porche de nos églises ces êtres aqueux, informeraient le visiteur sur le nombre de rivières qui coulent sous ses cimentations.

Le christianisme n´a donc pas effacé le paganisme, puisque l´on retrouve ces femmes-poissons dans nos temples. Est-ce un parallèle offert par le maître tailleur entre ces mères divines de jadis et Marie dont le nom revoit à MER en latin. Cette mer qui contient les poissons ! En l'hébreu mar yam , « goutte de la mer », latinisé en stilla maris, lui-même devenu Stella maris , « Étoile de la mer » et nous sommes bien à Estella soit Etoile !

Du ΙΧΘΥΣ à la rouX il n´y a qu´un pas.

   

 

A Ephèse , poisson avec croix puis dalle avec le poisson, la croix, le ΙΧΘΥΣ et la rouX




 





SUITE :  LE SYMBOLISME DU CHRISME